Les cahiers de Serge Bonnery

Poèmes

Derniers textes publiés :

  • Blancheur des mots, dans Poèmes, le 6 juillet

    Les phrases, malgré moi, s’édifient...

    Lorsque tôt le matin, je me mets en demeure d’affronter la page, je me projette dans la blancheur des mots. Les phrases, malgré moi, s’édifient comme alentour les fictions dans une imprescriptible souveraineté du geste. Que sais-je de mes rêves ? Qu’en dirai-je le jour où je serai en capacité de voir le monde ? Il se délite sous les doigts de qui le hante. Le saisir m’est dérobé. (...)
  • Tout arrive, dans Poèmes, le 18 juin Nous sommes tantôt d’ombre De chaleur opaque De célébration lumineuse Au crépuscule les cierges de la procession arpentent l’horizon Une ligne bleue sans limite A l’arrière-plan la courbe des collines les tourments des pics Les dents de la montagne au-dessus des cours d’écoles et des cris d’enfants Le monde te rend au silence A sa vue tu trembles comme tremble la main devant la (...)
  • La volupté de l’escargot, dans Poèmes, le 18 mai

    Avec l’élégance surannée du dandy...

    Depuis l’enfance, je suis en admiration devant la marche de l’escargot. Sa souplesse. Sa fluidité. Sa manière unique de glisser sur la feuille verte qui lui tient lieu de point d’appui. D’un mouvement ondulatoire, il ramène sa coquille à hauteur de ses antennes avec l’élégance surannée du dandy. Le voici jetant sa cape sur son épaule et tournant le dos à la foule qui se presse au (...)
  • Suite métallique sans issue, dans Poèmes, le 11 mai

    La ville enfin. Ses ruées. Ses ruades...

    1 L'aile du cygne. Voile amont. Il a tant voyagé qu'il n'ose plus. Le reste de ses jours n'est plus à vivre. Sur son visage, lire est mensonge ou nuit rêvée. Partir selon. La mer. L'état du lieu. Partir selon le temps. Ouvrir les pages. Partir. Le pain suffit. 2 La ville enfin. Où vivre est jeu. La rue au hasard. Ses ruées. Ses ruades. La main passe. Le pain ne suffit plus. (...)
  • Couleur de l’adieu, dans Poèmes, le 8 mai

    Toute chose muée en sentinelle au bord du temps...

    1 Sous les poutres de la halle déserte, la rue dormait. Un filet d’or coulait de la fontaine. Deux chiens assis jouaient à la roulette russe. Ils échangeaient des clés contre des cigarettes. Je suis passé sans bruit. Je ne les ai pas regardés. Leur ombre dessinait un Christ flasque au plafond de la chambre. Le bois craquait des lits anciens et des charpentes. J’avais accompli (...)
  • Des mots sous la cendre, dans Poèmes, le 20 avril

    Je ne peux pas pleuvoir. J’avance...

    J’avance. Vais. M’arrête. N’attends rien de la nuit qui se cabre. Guette. Quelque chose a bougé. Une ombre. La rue déserte. Les pas ne sont pas. Il a plu. Les pas ne sont plus. Confondus dans les plis de la pluie. Sur l’asphalte. Au passage des poutres. Haillons comme des clous jetés de neige. Tourbillons dans le vent. La nuit déserte. Pas la nuit mais sa réminiscence bleue dans (...)
  • Un corps l’ombre, dans Poèmes, le 18 avril

    C’est ici le lieu du temps...

    l'heure s’y prête encore quelqu'un écoute ne dit pas son nom s'en étonne je sens bouger dans l'ombre un corps naissant des tunnels de silence c’est ici le lieu du temps je l'imagine comme une ville on y écrirait des poèmes sur les murs nous avons quitté la maison aux voûtes décorées de peintures jadis elle était habitée par un homme que son voisinage suspectait on raconte qu'il (...)
  • Avant l’hiver (diptyque), dans Poèmes, le 15 avril

    Immobile sous le porche, elle s’abrite de la pluie...

    Immobile sous le porche, elle s’abrite de la pluie, une valise à ses pieds. Au téléphone, il la prie de remonter dans la chambre, de s’enfermer et de n’ouvrir à personne. Il finira par arriver. Quand ? demande-t-elle. Il ne sait pas. Les gens courent dans les rues. Ce n’est pas à cause de la pluie qu’ils courent. Pourquoi es-tu parti, lui reproche-t-elle. Il l’entend mal. Sa voix (...)
  • Soir de fête, dans Poèmes, le 15 décembre 2017 I dans le silence du miroir je contemple ta silhouette ma main s’approche de tes seins dans le miroir le nu rayonne II quand le ciel prendra feu tu te lèveras pour donner l’aumône au voyageur puis tu partiras vers un pays couleur de roses pâles un pays bleu les soirs d’été un pays sans nous qui vivons dans son (...)
  • Poème de Charleville (première séquence), dans Poèmes, le 30 novembre 2017

    A l’étage des hirondelles...

    1 Il y a disséminées au milieu de baraques somme toute assez quelconques d’une architecture récente des maisons cossues baroques aux façades de briques rouges faites pour en imposer au passant et sous lesquelles l’adolescent glisse timide sans lever les yeux sinon pour tenter de surprendre derrière un rideau de tulle hideux l’œillade furtive et moqueuse d’une jeune (...)

|