Les cahiers de Serge Bonnery

Journal

Derniers textes publiés :

  • d/écrire, dans Journal, le 22 janvier

    Rimbaud / Pérec.

    Inventaire. Répertoire. Listes. (On dit que Rimbaud, pour l’écriture de ses poèmes, procédait par listes. Il listait des mots, comme les peintres disposent des couleurs sur leur palette, A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, à partir desquelles ils exécuteront leur tableau, procédant à des mélanges de toutes sortes jusqu’à obtenir une harmonie. Inven/taire. Le silence, parole (...)
  • La génétique des murs, dans Journal, le 19 janvier

    Joë Bousquet / Kafka.

    « Nous devons purifier l'imagination, en faire un instrument pour saisir la vie telle qu'elle est, c'est-à-dire débarrassée de l'idée que nous nous faisions d'elle. Il faudra être vrais, de cette vérité qui est le pressentiment de la vie telle qu'elle est ; une voie divinatoire pour y accéder. » Joë Bousquet "J’aurais préféré être ce petit habitant des ruines brûlé par le soleil". (...)
  • « Retenir quelque chose », dans Journal, le 13 janvier

    Georges Pérec, toujours.

    Nous vivons entourés de rien. Les yeux rivés au sol. Je ne suis pas en mesure d’appréhender ce rien car je suis incapable de le décrire. Face au mur. La tête dedans. Je peux essayer de me convaincre qu’il s’agit d’un trou, devant moi. Que ce rien n’est autre qu’un trou. Mais un trou ne parle pas. Il ne dit rien. Je peux à la rigueur en prendre la mesure. Je saurai alors quelle (...)
  • Le réel m’échappe, dans Journal, le 12 janvier

    J’achète donc je suis.

    Parfois, je me sens griffé par le sens que la morale m’impose. Ici, il faut parler. Surtout pour ne rien dire. Ici est un lieu neutre. Sans odeur. Conforme et immature. Poussé à l’extrême, ce n’est même pas un lieu. Ce n’est rien. Moins qu’un trou. Pourtant, nous désirons être. Ce désir est plus fort que nous. Comment être dans un lieu de rien ? En pareil cas, consommer (...)
  • L’œil nu, dans Journal, le 8 janvier

    En lisant Espèces d’Espaces de Georges Pérec.

    Espèces d’espaces de Georges Pérec (éditions Galilée). Le prière d’insérer débute par cet énoncé : « L’espace de notre vie n’est ni continu, ni infini, ni homogène, ni isotrope ». Qu’est-ce qu’écrire ? Occuper un espace. Celui de la page. Admettons. Mais surtout, le circonscrire. Le (dé)limiter. Il n’existe pas d’espace infini. Ou s’il en existe un, il est hors de portée. Hors de notre (...)
  • D’un bleu crucial, dans Journal, le 6 janvier

    Journal de Tolstoï.

    Aujourd’hui, une page de ma vie se tourne. Le ciel est d’un bleu crucial. Ce sera une belle journée. Entendu battre la campagne quand j’étais enfant. Me suis retrouvé hors les murs. Comme poussé par. Je ne sais. Malgré leurs bras qui s’allongent et leurs racines profondes. Comme propulsé. Hors d’atteinte. Je revois – en rêve ? en photo ? – le blessé sur son fauteuil roulant. Il (...)
  • Une page qui se tourne, dans Journal, le 5 janvier

    Dans les fièvres urgentes.

    Je ne fais pas grand cas des prévisions que je m’étais fixées et que je n’ai pu accomplir. Inconsciemment, la page qui se tourne produit un sentiment indescriptible. L’écriture a-t-elle vocation au vide ? Mon souci de faire les choses du mieux possible dans la hantise du jugement d’autrui. As-tu bien travaillé ? As-tu terminé tes devoirs ? Suis-je à ce point demeuré l’élève (...)
  • Voué au réel, dans Journal, le 4 janvier

    Le réalisme d’Essénine.

    L'ouverture d'un nouveau cahier est toujours, en soi, un « petit » événement. Celui-ci portera la marque de Rimbaud car il sera un précieux auxiliaire dans l’accompagnement du projet. Le voyage à Charleville constituera, je l’espère, une étape décisive. Le rôle des lieux dans la formation de la langue. Lascaux. Ils dessinaient sur les parois des scènes auxquelles ils venaient (...)
  • Un compromis, dans Journal, le 3 janvier

    Un crochet par Venise.

    Je ne suis pas demeuré inactif. J’ai procédé à une refonte totale. Adopté de nouvelles répartitions. Une classification plus lisible de mes activités, mais pour qui ? Terminé Le Carnet Vénitien d’Alex Susanna [3]. Comment l’écriture se glisse dans les ruelles, épouse les angles morts de la ville suspendue, les hésitations des canaux. La fausse sensation du passé qui se glisse dans le (...)
  • Le sot projet, dans Journal, le 2 janvier

    Kertész / Montaigne / Pascal.

    « Ce journal n’est pas fait pour me dépeindre moi-même, sauf si cet être indécis et mal défini – moi – reflète le chaos du monde ». [4] « C'est ici un livre de bonne foi, lecteur (…) C’est moi que je peins ». [5] « Le sot projet qu’il avait de se peindre ». [6] Nous cinglons, côte à côte, sur des routes amères. Nous avons perdu la direction du ciel. Je transpire. Il faut, me (...)

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