Les cahiers de Serge Bonnery

Fragmes (esquisses)

Derniers textes publiés :

  • Monologue intérieur, dans Fragmes (esquisses), le 23 juin En sortant du cabinet où il se rendait chaque semaine avec la ponctualité d’un séminariste, la chaleur l’étouffa au point qu’il fut attiré par l’ombre qu’offrait une généreuse haie de platanes courant le long de l’allée centrale d’un jardin public. Pour l’atteindre, il lui suffisait de traverser l’avenue. Ce qu’il fit, comme aimanté par le banc qui, abandonné à cette heure où la ville est (...)
  • Proses crépusculaires (en cours), dans Fragmes (esquisses), le 20 juin Proses crépusculaires (1) Des voix dans le lointain entonnent des vêpres visqueuses et vespérales. Un battement de cil. Un segment spasmodique. La toux lugubre des agonisants. Un hoquet. Des prières sourdes et la dispersion des lucioles. Demain exaspère la justice. Inutile et veine conversation amoureuse. (1a) Des voix dans le lointain résonnent. Ce sont des vêpres (...)
  • Quelques traces dans la neige, dans Fragmes (esquisses), le 10 février Comment osez-vous espérer monter les marches qui vous mèneraient droit au paradis si un étourdi ne s’était amusé à tirer l’échelle ? Les querelles roulent leurs circonstances macabres sous des lambeaux de rires accablés. On n’efface pas les traces dans la neige. Elles se retirent ostensiblement comme l’acteur qui a perdu son texte. Dos tourné à la nuit. On a beau dire… le ciel a (...)
  • Les dieux aveugles, dans Fragmes (esquisses), le 21 avril 2016 La nuit coulait au-dessus de nos têtes. Rien ne viendrait de ce ciel-là. Je devais franchir des grilles métalliques pour me présenter nu devant son cœur. Le corps manquait à l'âge des rameurs. Des fantômes grimpaient dans les cyprès d'où ils nous regardaient, hagards et désarmés. Voici de grands soleils. Des reflets d'or. La lune tendre. Ses pieds dans l'herbe et le monde qui nous (...)
  • En mémoire de l’arbre, dans Fragmes (esquisses), le 13 avril 2016 Mon paradis a la forme d'un arbre qui porte l'étoile il n'y a pas de ciel derrière la colline et pas de feu non plus une porte sur le réel plus haut que bleu assis aux premières loges, comme au spectacle, nous cessons d'être aveugles au monde, face au réel, comme au spectacle, un lieu derrière la colline quand nous aurons appris à voir (...) je montais le soir dans le bois (...)
  • Trop Baudelaire !, dans Fragmes (esquisses), le 12 avril 2016 passé chaque jour au réveil devant le même ciel de voile passé devant la même porte demeurée poliment fermée la moisissure sur le bois ronge le temps des éperviers sur les épaves de la ville roule la tête dans les pieds passée la course du soleil étuvé le chant du désir l'ombre s'écarte il pleut demain sera évite le rite dites : et le destin ? épure les mots des mots sans (...)
  • Noir devant, dans Fragmes (esquisses), le 11 avril 2016 viendra le jour où nous devrons nous taire plus fort toi seul connais le jour toi seul connais le jour haler l'air où serons-nous quand nous aurons échappé au ventre ? hurler l'air dans le drapé des mots que reste-t-il de la surface des corps pierreux ? heurter l'air Nous avons le temps il n'est pas encore six heures le jour tombe plus loin que l'horizon de mon regard (...)
  • TGV 6222, dans Fragmes (esquisses), le 23 mars 2016 6222 # 1 Nous n’avons sommé personne, ni derrière les fenêtres où pencher en faveur des absinthes, loin des caravanes, des landes, des étendues marécageuses enrubannées de soleil du soir. 6222 # 2 Pluie verte, la rage, cœur flétri, la patience des étangs sans limite, convulsion qui confine au malheur et dressée, nue tête, la vacuité mortelle des cormorans. 6222 # 3 A nos (...)
  • Seulement le ciel qui s’en va, dans Fragmes (esquisses), le 21 mars 2016 J’ai été exclu. Je suis sorti par la porte de derrière. Je suis longtemps demeuré seul, debout, caché, nez au mur, fond de couloir, trépignant d’impatience et de peur. Les passants n’ont rien vu. La rue était jonchée de feuilles mortes. Ce n’était pourtant pas l’automne, me dis-je, étonné. Je me suis glissé sous un porche dans l’attente. Personne n’est venu. J’ai dû me résoudre à (...)
  • Les ombres lunatiques, dans Fragmes (esquisses), le 19 mars 2016 Dans Debord dans le bruit de la cataracte du temps, Daniel Blanchard dit de la nostalgie qu'elle est « plaie à vif de la mémoire ». Pour Serge Velay, elle est « garante de l'authenticité ». Je dis ce qui saigne de ma mémoire. ce qui menace de s'enfouir. ne jamais renoncer, pas même devant l'informulable. le poème est [souligné deux fois] le refus du renoncement face à (...)

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