Les cahiers de Serge Bonnery

Phragmes

Derniers textes publiés :

  • Langsam, dans Phragmes, le 16 avril

    Très lentement sans rien précipiter...

    sehr langsam [1] très lentement sans rien précipiter sans autre choix que l’attente pas à pas sur la rive de l’autre côté l’incertitude le ciel ouvert prendre date personne ne dit pourquoi le vide l’élégance personne ne sait un moment le soir sehr langsam s’étire langsam une prière non de celles que l’on déclame devant une assemblée mais plutôt enfantine que l’on se récite le soir (...)
  • La pluie tarde, dans Phragmes, le 9 février

    La langue / L’enfance / Maurice Scève.

    La langue fait de son mieux. Elle s'efforce de relier entre eux les fils invisibles dont la texture nous attache au monde. Elle tisse. La langue coud. Nous sommes décousus. Les coutures de l'enfance ont cédé sous la pression du temps, des contraintes, des déceptions, des souffrances. Nous sommes faits de reprises dans le sens où nos grands-mères employaient ce mot : " (...)
  • "Raconter le ciel", dans Phragmes, le 7 février

    Bob Dylan / Jean-Claude Pirotte.

    Parfois, le ciel parle. Mais je n'entends pas toujours ce qu'il dit. Des mots m'échappent. Ils sont emportés par le vent. Quelqu'un a déjà dit quelque chose comme ça, un jour, pas seulement à propos des mots. Il l'a dit - plus exactement chanté, accompagné de sa guitare et de son harmonica - à propos des blessures que les hommes infligent aux hommes, des canons qui tonnent, des (...)
  • A pied d’œuvre, dans Phragmes, le 5 février

    Le Grand Robert / Romain Rolland / Beethoven et quelques autres.

    J'aime ce mot, œuvre, que nous écrivons au masculin pour désigner l'œuvre entier d'un créateur. Le dictionnaire Robert est pourtant formel : œuvre au masculin est d'abord un terme d'architecture qui désigne, je cite, " l'ensemble de la bâtisse ". Ses fondations, ses murs, sa toiture. La bâtisse dans sa totalité. L'affaire remonte à 1528. Année où les navigateurs espagnols Panfilo de (...)
  • Raison d’écrire, dans Phragmes, le 2 février

    Pierre Michon / Bernard Noël / Rimbaud / Marguerite Duras.

    Dans un numéro de l'émission télévisée Des mots de minuit dont YouTube conserve l'archive, on entend Pierre Michon [4] s'exprimer à propos du " peu écrire ". Il explique qu'il écrit peu. Je pense même l'entendre dire qu'il a fait de ce peu sa raison d'écrire. Pierre Michon est quelqu'un qui avance lentement. Il explique, toujours dans cette même émission, qu'écrivant peu, il (...)
  • Entités mystérieuses, dans Phragmes, le 26 janvier

    Baudelaire vers un point qui n’existe pas.

    " J'aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages ! ". Charles Baudelaire. L'Etranger (in Le Spleen de Paris). Je regarde souvent les nuages. Leur immobilité me fascine. Comment tiennent-ils si haut et si longtemps dans le ciel ? On les dirait suspendus à des fils invisibles pendant que d'autres filent à vive allure vers un point qui n'existe (...)
  • Une réalité augmentée, dans Phragmes, le 24 janvier

    Comme une étoffe...

    Qu'est-ce qui peut nous assurer que ce qui nous arrive a bien lieu ? Que nous ne traversons pas un rêve. Que ce que nous voyons du monde n'est pas l'image que nous fabriquons de lui à des fins confuses et inextricables. Nous avons tous, au moins une fois, entendu quelqu'un dire devant un objet, un lieu, un spectacle : ce n'est pas du tout comme je l'imaginais. Je sens de (...)
  • d/écrire, dans Phragmes, le 22 janvier

    Rimbaud / Pérec.

    Inventaire. Répertoire. Listes. (On dit que Rimbaud, pour l’écriture de ses poèmes, procédait par listes. Il listait des mots, comme les peintres disposent des couleurs sur leur palette, A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, à partir desquelles ils exécuteront leur tableau, procédant à des mélanges de toutes sortes jusqu’à obtenir une harmonie. Inven/taire. Le silence, parole (...)
  • La génétique des murs, dans Phragmes, le 19 janvier

    Joë Bousquet / Kafka.

    « Nous devons purifier l'imagination, en faire un instrument pour saisir la vie telle qu'elle est, c'est-à-dire débarrassée de l'idée que nous nous faisions d'elle. Il faudra être vrais, de cette vérité qui est le pressentiment de la vie telle qu'elle est ; une voie divinatoire pour y accéder. » Joë Bousquet "J’aurais préféré être ce petit habitant des ruines brûlé par le soleil". (...)
  • « Retenir quelque chose », dans Phragmes, le 13 janvier

    Georges Pérec, toujours.

    Nous vivons entourés de rien. Les yeux rivés au sol. Je ne suis pas en mesure d’appréhender ce rien car je suis incapable de le décrire. Face au mur. La tête dedans. Je peux essayer de me convaincre qu’il s’agit d’un trou, devant moi. Que ce rien n’est autre qu’un trou. Mais un trou ne parle pas. Il ne dit rien. Je peux à la rigueur en prendre la mesure. Je saurai alors quelle (...)

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