Les cahiers de Serge Bonnery

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Visages traversés (II)

mercredi 28 novembre 2018, par Serge Bonnery

Visages traversés est le titre du deuxième livre publié par Jaume Saïs au printemps 2004. C’est un long poème dans lequel l’auteur revisite des lieux et des souvenirs de son enfance, errance mémorielle traversée par un visage féminin qui demeurera énigmatique au lecteur. Pas question, ici, de raconter l’histoire. D’histoire, il n’y a pas vraiment dans ce texte où, sous la plume de l’écrivain, cligne déjà l’œil du photographe que Jaume est devenu à part entière puisqu’il se consacre désormais quasi exclusivement à la photographie. Voici deux extraits de Visages traversés avec leur traduction en catalan.

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Visages traversés - Couverture de Claude Parent

Je n’avais plus rien à dire. Tout était lentement… dégluti.
Suspendu maintenant aux soubresauts du train.
Et à ses grincements. Il entrait en gare de Limoges.
Limoges déjà…

A présent, Paris me paraissait si loin. Inutile.
On… On l’attendait.
Je me suis levé. Mais je ne pouvais détacher mon regard…
Je cherchais encore à voler… Il n’y avait plus rien à voler…
Plus de parole visible. C’était inaudible. Mais perçu.
Comme ce qui parle si bien, même quand on ne parle plus.

Elle venait de prendre le chemin des mains qui inventent la paille.
Le nid était déjà dans l’œil du rouge-gorge.

No tenia res més a dir. Tot era lentament… empassat.
Suspès ara als sobresalts del tren. I als seus grinyols.
Entrava a l’estació de Llemotges.
Llemotges, ja…

Ara, París em semblava tan lluny. Inútil.
Hom… Hom l’esperava.
Em vaig aixecar. Però no podia desprendre el meu esguard…
Encara tractava de robar… No hi havia res més a robar.
Cap més paraula visible. Era inaudible. Però percebut.
Com allò que parla tant bé, fins i tot quant hom no parla més.

Ella acabava de prendre el camí de les mans que inventen la palla.
El niu ja era en l’ull del pit-roig
 [1].

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"Tout était lentement..." - copyright Jaume Saïs

Elle est partie. Le premier train pour Paris.
Je suis allé m’asseoir dans un jardin public. En silence.
Dans la confidence des arbres et des statues.
Tout d’abord, je n’ai rien entendu. Puis il y a eu un chuchotement…
Cela ressemblait au bruissement des vagues déroulées, inlassablement déroulées. Il venait des collines environnantes.
De l’écume des feuilles, d’une marée tourbillonnante de feuilles, détachées de tout lien…
Jusqu’à mes pieds.
Tout l’or du monde, la petite monnaie de l’automne, les petits billets doux, froissés.

Ha partit. El primer tren per a París.
Vaig anar a asseure’m en un jardí públic. En silenci.
En la confidència dels arbres i de les estàtues.
En primer lloc, no vaig sentir res. Després hi va haver un xiuxiueig… S’assemblava a la fressa de les ones descargolades, incansablement descargoladas.
Venia dels pujols del voltant. De l’escuma de les fulles, d’une marea arremolinada de fulles, destacades de tot lligam…
Fins als meus peus.
Tot l’or del món, la monedeta de la tardor, les cartetes d’amor, rebregades.

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Vénus. "Dans la confidence des arbres et des statues..." - copyright Jaume Saïs

[1Les traductions en catalan sont de Marcel Planas, Coleta Planas, Cristina Giner.

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