Les cahiers de Serge Bonnery

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Visages traversés (I)

mercredi 21 novembre 2018, par Serge Bonnery

Visages traversés est le titre du deuxième livre publié par Jaume Saïs au printemps 2004. C’est un long poème dans lequel l’auteur revisite des lieux et des souvenirs de son enfance, errance mémorielle traversée par un visage féminin qui demeurera énigmatique au lecteur. Pas question, ici, de raconter l’histoire. D’histoire, il n’y a pas vraiment dans ce texte où, sous la plume de l’écrivain, cligne déjà l’œil du photographe que Jaume est devenu à part entière puisqu’il se consacre désormais quasi exclusivement à la photographie. Voici deux extraits de Visages traversés avec leur traduction en catalan telle que donnée dans le livre publié en bilingue. Il fallait donner voix ici, en prolongement de l’entretien qu’il nous a accordé, à l’attachement de Jaume pour sa terre catalane, terre des ancêtres mais terre qui se dit aussi et surtout au présent du texte [1].

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Visages traversés - Couverture de Claude Parent

Quatre lettres. C’est tout ce que je sais d’elle.
Quatre lettres, longues comme un train d’humeur vagabonde,
dans la clarté des paysages froissés.
Quatre lettres. L’encre encore fraîche d’un visage traversé.
Quatre lettres.
Rien d’autre que je puisse lui envoyer.

Quatre lletres. És tot el que sé d’ella.
Quatre lletres, llargues com un tren d’humor vagabunda, en la claror
dels paisatges rebregats.
Quatre lletres. La tinta encara fresca d’un semblant travessat.
Res més que pugui enviar-li.

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Vue d’un étang - copyright Jaume Saïs

Besoin de s’écarter un peu, de mettre un nom sur la distance.
Pour moi, elle commence ici, dès que les yeux lèchent le granit
des Corbières et les étangs enrubannés de bleu. Entre deux eaux.
Là, le train roule sur l’eau. Indifférent. Dispendieux.
Il jette sa richesse par les fenêtres, bouquets d’oiseaux, barques
chancelantes ou cathédrales de sel. La mer est proche.
On la devine sage, endormie, peut-être d’humeur enfantine.
Elle doit jouer sur le sable, avec des coquillages vides.

Necessitat d’apartar-se un poc, de posar un nom sobre la distància. Al meu parer, aquesta comença aquí, des de que els ulls llepen el granit de les Corberes i els estanys encintats de blau. Entre dues aigües. Aquí, el tren corre sobre l’aigua. Indiferent. Dispendiós. Tira la seva riquesa per les finestres, rams d’ocells, barques vacil.lants o catedrals de sal. La mar és propera. Hom l’endevina mansa, adormida, potser d’humor infantil.
Deu jugar sobre la sorra, amb petxines buides.

(à suivre)
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"Bouquets d’oiseaux" - copyright Jaume Saïs

[1Une deuxième suite d’extraits sera publiée ici-même mercredi prochain 28 novembre.

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