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Un avion pour l’Albanie

vendredi 26 octobre 2018, par Serge Bonnery

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Mobilisation d’urgence en faveur de la famille expulsée

Pour justifier sa décision de mettre la main de la manière la plus ignominieuse qui soit sur une famille albanaise en demande de droit d’asile et installée depuis deux ans à Perpignan où de nombreux témoignages montrent tous les efforts qu’elle y déploie pour s’intégrer, le préfet des Pyrénées-Orientales explique qu’il a « exécuté » une décision de justice.

Dans le dictionnaire Robert de la langue française, le verbe « exécuter » véhicule plusieurs sens. Positifs, comme « exécuter une tâche » qui renvoie au synonyme « mener à bien ». Et négatifs comme le sinistre « mettre en train » (ici en avion !) ou « expédier » qui signifie « exécuter une basse besogne ».

L’expulsion indigne de la famille Mitaj pose la question de l’obéissance à laquelle renvoie aussi le verbe exécuter (exécuter un ordre, une décision). Mais comment ignorer que le premier sens d’obéir est écouter ? Quand quelqu’un obéit, cela signifie d’abord qu’il écoute, qu’il est à l’écoute.

Dans cette affaire, le père Kastriot Mitaj, son épouse Marjane et leurs deux enfants, Amarilda, 16 ans et Kevin, 10 ans, n’ont pas été écoutés. Ni leurs nombreux soutiens (enseignants, amis, associations) qui ont pourtant multiplié ces derniers mois les appels argumentés à la clémence. Aucune oreille attentive, du côté des autorités, pour entendre les menaces qui pèsent sur Kastriot dans une Albanie aux mains de mafias se livrant à d’incessants règlements de comptes. La décision froidement juridique d’expulser cette famille non seulement piétine une idée des droits de l’humain mais représente aussi une potentielle mise en danger d’autrui. Et, à supposer même que ces menaces ne soient finalement pas avérées, le doute qui, en France, est une notion de droit, aurait dû bénéficier à ces demandeurs d’asile.

Ignominieuse, l’arrestation l’est encore par sa méthode : les Mitaj s’étaient rendus mercredi 24 octobre à 14 heures dans les locaux de la police de l’air et des frontières de Perpignan, comme ils le font chaque semaine pour se soumettre au contrôle prescrit dans le cadre d’une assignation à résidence consécutive au rejet de leur demande d’asile. Cette fois, ils n’ont pas été contrôlés ni accueillis mais cueillis puis exfiltrés par une porte dérobée afin de ne pas alerter les soutiens qui les attendaient devant l’entrée principale, le père séparé immédiatement de sa femme et de ses enfants, tous transportés ensuite dans deux fourgons différents vers le centre de rétention administrative de Toulouse et quelques heures plus tard embarqués dans un vol vers Tirana. Ceci en pleines vacances scolaires, dans l’espoir sans doute de limiter une mobilisation qui dure depuis plusieurs mois et à laquelle participent de nombreux enseignants qui suivaient la scolarité des deux enfants [1].

Depuis mercredi dernier, s’exprime la souffrance de ceux et celles qui se sont mobilisés pour cette famille albanaise. Militants d’une tout autre idée de l’humain, ils sont aujourd’hui profondément blessés dans leur conscience. L’acte est infâme. Qu’il soit vécu par eux comme une insulte et une trahison [2] est parfaitement compréhensible et justifié. Leur colère est à la mesure de la justesse de leur combat.


[1Si telle était l’intention cynique des autorités, l’effet est raté car dès mercredi soir, une centaine de personnes se retrouvait de toute urgence devant les grilles de la Préfecture pour protester contre l’expulsion. Aucune délégation n’a évidemment été reçue par un Etat sourd aux inquiétudes de ses citoyens.

[2Des gages avaient été donnés aux associations qu’aucune procédure d’expulsion ne serait ordonnée tant que la Commission nationale du droit d’asile n’aurait pas donné son avis sur un recours par ailleurs non suspensif d’une exécution de la décision de justice.

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