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La confusion de Montaigne

jeudi 27 septembre 2018, par Serge Bonnery

Chahuté par la mer. (Je n’ai rien envie d’autre en ce moment que d’entendre la mer, sa colère, son écume, sa rage).

Montaigne : « C’est ici un livre de bonne foi, lecteur (…) C’est moi que je peins ». Blaise Pascal : « Il arrive à tout le monde de faillir ». Cette phrase cinglante à l’égard de Montaigne vient peu après l’autre, devenue célèbre : « Le sot projet qu’il a de se peindre ». Elles se côtoient dans le même fragment. Quand Pascal tire l’épée, il tranche. « Dire des sottises par hasard et par faiblesse, c’est un mal ordinaire mais d’en dire par dessein, c’est ce qui n’est pas supportable ». Dans le papier original, on voit que Pascal a souligné supportable. A travers ce geste, on le devine agacé. Pascal pouvait se mettre très en colère. Ici, on le sent excédé par « la confusion de Montaigne ».

Je suis toujours habité par le sentiment que quelque chose se dérobe à mon intelligence. Je ne perçois pas tout de ce que je crois voir. Ce qui se dérobe n’est pas le Dieu que Descartes a rendu intelligible en en faisant un concept. Ce qui se dérobe, c’est moi-même. Je crois me connaître or rien n’est plus éloigné de ma connaissance que cela que je suis. Je connais tel arbre dont je peux détailler l’écorce et mesurer la circonférence. La vérité est que je suis inintelligible à moi-même.

Au point où je suis parvenu, il m’est demandé de rebrousser chemin. D’accomplir, mais à reculons, le même itinéraire. Il m’est interdit de me retourner pour voir la direction dans laquelle je marche désormais. Je dois reculer en regardant devant. Sans quitter des yeux la lumière qui vibre comme un point d’orgue à l’horizon. Soudain tout m’est incertain. Du chemin lui-même je doute.

Imre Kertész dans L’ultime auberge : « Ce journal n’est pas fait pour me dépeindre moi-même, sauf si cet être indécis et mal défini – moi – reflète le chaos du monde ». Après bien des hésitations, j’ai intitulé mon journal : Journal hétéroclite. J’aurais pu le dire Journal chaotique. A la réflexion, chaotique me paraît plus juste.

Nous sommes soubresauts. Convulsions. Submergés de colère et de honte. Alpages en attente de neiges.

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