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L’âme des oiseaux (II)

lundi 1er octobre 2018, par Serge Bonnery

L’âme des oiseaux est le premier livre publié par Jaume Saïs. Livre autobiographique explique l’auteur. « Les oiseaux, dit-il, ont toujours fait partie de ma vie ». Jaume ses souvient : « Mon père volait des nids dans les arbres, pendait une cage sur place. Les parents les nourrissaient à travers les barreaux. Il les ramenait ensuite à la maison. Des serins, chardonnerets ou verdiers. Et même des moineaux. Tout passe, ici, par un regard d’enfant. Le mien ».

Quelques nouveaux extraits choisis du recueil.

Joséphine. Je te dois une confidence.
Je voulais te parler du Phénix.
Rappelle-toi cet immense oiseau noir qui venait la nuit voler les enfants et les emporter dans un sac. Un oiseau crochu sorti tout droit de ton imagination avec lequel tu me faisais si peur.
J’ai trouvé une chouette une fois, dans un terrain vague. Je n’ai pu supporter la fixité de ses immenses yeux d’or. Je l’ai tuée avec une grosse pierre.
Joséphine, c’était un tout petit oiseau, je te le jure, une pauvre petite chouette, j’avais si peur à cause de toi.
Depuis, j’ai compris que c’était lorsque Pierre venait te rejoindre sous la chemise de nuit que l’oiseau noir surgissait.
Du matelas installé derrière votre lit, il ne fallait pas que je vous surprenne.
Le Phénix ?
Et si c’était lui qui t’avait emportée ?
Dans un moment de grande jalousie..
Pour te voler une page ou deux de ce livre d’amour que tu avais écrit avec Grand-père.

Joséphine... Je n’ai jamais su ton âge.
Cinquante-cinq, peut-être soixante.
Cinq ans, c’est peu c’est rien, c’est déjà le rubis dans la couleur du vin, le début d’un Mascara hors d’âge. Un cancer du sein ? Impossible.
Une telle opulente poitrine.
J’ai toujours pensé que c’était l’endroit où naissaient tous tes rires, tant elle tremblait sur le petit coin d’un bonheur.
Enfant, j’y ai bu le lait même de ta bonté.

Et toi Pierre, l’aimais-tu tellement, au point de l’accompagner dans une église, toi qui ne supportais ni curés ni religion ?
Une réflexion qui me ramène quelques six ans plus tôt,
Dans le petit jardin, route d’Albi.
Un rapace planait au dessus ce jour là..
Grand-père, il y a un faucon qui...
Qu’est-ce qu’il fait petit ? avait coupé Pierre..
Fait-il très vite du sur-place ?"
il ne pouvait le voir. Sa mauvaise vue.
Oui, du sur-place. Il bat très vite des ailes.
Alors, c’est qu’il a repéré une proie.
Quelque campagnol ou petit oiseau. Quand il vole comme çà, on dit qu’il fait le Saint-Esprit... Écoute Michel... Imagine un peu la bestiole complètement paralysée par la peur. Elle a repéré l’ombre qui plane au-dessus d’elle, exagérément agrandie par le soleil. Beaucoup plus grande qu’elle. Rends-toi compte Michel, c’est maintenant qu’elle devrait fuir. Savoir la menace avant qu’elle ne se précise ; parvenir à l’oublier. Fuir avant l’immanquable. Se jeter dans le premier trou. Dans les quatre ou cinq secondes qui mesurent la distance entre elle et l’oiseau de proie. Tant que cette distance s’appelle encore incrédulité.
Surtout petit, garde-toi bien des rapaces qui font le Saint-Esprit, c’est comme çà et pas autrement, que curés et religion te tombent dessus...

copyright Jaume Saïs
(à suivre)
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