Les cahiers de Serge Bonnery

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Des mots sous la cendre

vendredi 20 avril 2018, par Serge Bonnery

J’avance. Vais. M’arrête. N’attends rien de la nuit qui se cabre. Guette. Quelque chose a bougé. Une ombre.

La rue déserte. Les pas ne sont pas. Il a plu. Les pas ne sont plus. Confondus dans les plis de la pluie. Sur l’asphalte. Au passage des poutres. Haillons comme des clous jetés de neige. Tourbillons dans le vent.

La nuit déserte. Pas la nuit mais sa réminiscence bleue dans les reflets du vide. La nuit est rue déserte. Sans pas. Ni pluie. Souvenir épars de quelques gouttelettes. Mémoire du cliquetis. Le siècle mis au plis.

La nuit déserte la rue. Je ne peux pas pleuvoir. J’avance. Vais. Me retourne. L’ombre m’efface. Je m’enfonce dans le passage. Traversé par le sentiment que rien ne bouge que la nuit se fige que le jour ne viendra pas qu’il se refuse quand je m’approche.

Je me rétracte. J’ai soif de ne rien entendre. La nuit se cabre. Sa crinière d’étoiles retombe en poussière. Sur l’asphalte. Je ne pleus plus. La nuit déserte.

N’attends rien. Vais. L’épaisseur masque. Ne vois rien.

Qui sait si elle n’était déjà morte le temps que me parvienne sa lumière ? N’ai perçu que son scintillement. Entre deux nuages.

A quelle époque vivais-tu ? Sous quel règne abominablement ?

N’ai perçu que ta brillance. Tes cheveux d’or dans la nuit.

Me souviendrai de ton souffle sur mon visage. Ton souffle sidéral sur mes paupières. Ta poussière entre mes doigts. Ton regard sur mes cils de verre.

Me suis avancé. Besoin de revenir où les pas m’ont porté. Jadis, vers ce jardin où j’avais appris à bêcher la mémoire.

Besoin de fouler le gravier de l’allée. Piquer mes doigts aux épines des roses. Toucher la terre. Sentir l’odeur des sèves. Le goût sucré du raisin mûr. Le linge dans l’armoire.

Ne sais si je retournerai. Vais. La nuit hésite. Suis sorti de terre. Ai rebroussé chemin à la vue des rapaces. Me suis arrêté près d’une fontaine les yeux bandés autour de ma gorge.

Dans le bleu du fleuve le monde a changé de visage. Mes pas autrement.

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