Les cahiers de Serge Bonnery

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Des changements de peau

jeudi 5 avril 2018, par Serge Bonnery

Mercredi 4 avril - Un poète marche dans le monde. « Il aime danser dans des lieux inconnus » [1]. Il dé/rive. « A l’intérieur de lui-même il n’est pas seul il voyage ».

Voyage. Voi(e/x)t. Voyant.

Il y a quelque chose de rimbaldien dans les itinérances de Didier Manyach. Afrique. Amérique du Sud. Les départs, les changements de peau, « le vent le soleil les civilisations perdues ». Les mondes retrouvés.

Partir.

Didier Manyach partage avec Rimbaud l’urgence du poème. « Il traverse toute la société comme un voyant sur des territoires inconnus et sauvages ». Le Togo. D’autres rivages. Voi(e/x)yage. Sur des fleuves impassibles. Vastes. Grimés de voyelles. D’où il est possible de voir/elle.

L’exposition de Didier Manyach à la Galerie Treize d’André Rober [2] n’est pas une exposition de photographe. C’est Didier Manyach qui le dit. Il faut le croire sur parole. Il faut toujours croire les poètes sur parole. L’accrochage, lui, confirme. Ici, ce n’est pas l’image qui a le dessus.

Ici, tout est ensemble. Les mots et les images. Un itinéraire. Ses coupes. Tatouages. Des rires de seins tétés. Têtes. Entêtement à dé/couvrir. Comme une obsession. Voir. Lever le voile. Percer la nuit.

Le langage est une aiguille. Il aiguillonne. Attise. Il est (voleur de) feu.

En lisant ceci de Didier, j’ai échappé au manque : « (…) les trains de la nuit /satellites ivres / lettres ouvertes des veines / signes crépusculaires / et baisers de neige ». A mon tour, j’ai voulu « tracer au silex les cartes de la folie (…) les désastres du néant / les continents délabrés » et les fleurs maladives d’un autre poète impeccable qui me hantent depuis mes dix douze ans.

La terre brûle. Partout où l’écorce du chêne liège saigne. « Un corps : une écorce bouillie » bien sûr. Et qui regarde du côté de la mer(e). Aucun d’horizon ne s’invente. Seul le jour clarifie.

L’exposition de Didier Manyach ne désigne aucune destination. La parcourant, j’ai marché sur la nappe du monde. Traversé les broussailles du poème calligraphié sur des tournes de pages. Images. Collages. Sans âge ni destinée.

Seul le chemin. Sans repère. Entre « la ferraille des signes » et « le tumulte scintillant » de l’astre.

Didier Manyach a raison : « Les vagues de la vie nous reprennent sans fin / pour nous faire croire que tout est possible ».

J’errais. Avant cela que je ne puis nommer. Le hiératique. Ou quelque chose approchant.


[1Toutes les citations sont extraites du poème de Didier Manyach "Hôtels pour voyageurs" paru dans le recueil "Le sombre déroulement des énigmes" aux éditions K’A.

[2L’exposition est ouverte à la visite jusqu’au samedi 7 avril inclus. Renseignements sur le site de la Galerie Treize.

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