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Une France résistante

mercredi 4 avril 2018, par Serge Bonnery

Mardi 3 avril 2018 - L’histoire sociale de la France nous apprend que ce que nous appelons aujourd’hui des "acquis" n’ont jamais été des dus. Leurs droits, les travailleurs les ont obtenus d’abord en travaillant (beaucoup) et en engageant ensuite des luttes pour résister à la soif de profit, seul guide d’un capitalisme qui ne se donne plus aucune limite. Aujourd’hui, les cheminots luttent pour défendre leur statut. Ils ont raison. Quand on est attaqué, il est humain de se défendre. Ce statut, ils ne l’ont pas volé. Les experts en évasion fiscale dont les agissements frauduleux coûtent chaque année entre 60 et 80 milliards d’euros au pays (largement de quoi soutenir un service public ferroviaire de qualité) ne peuvent pas en dire autant.
Mais les cheminots ne défendent pas que leur statut. Ils défendent, au-delà de la SNCF, l’idée d’un grand service public (du transport, de la santé, de l’éducation etc...), outil sans lequel il est impossible de mettre en œuvre le principe républicain d’égalité entre tous les citoyens d’un même territoire national.

Ce fut l’honneur de la France, au cours du XXe siècle et au sortir des années noires de l’Occupation, de construire ce grand service public. C’est cet honneur que piétinent Emmanuel Macron et son gouvernement. On devient un vrai chef d’Etat en construisant, pas en détruisant et en ne cherchant qu’à reprendre ce qui a été obtenu loyalement par des gens qui, malgré leurs "acquis", continuent à avoir très peu par rapport à ceux qui ont presque tout.
Les cheminots ne se battent pas que pour eux. Ils se battent pour ce qui fait la grandeur de la France résistante aux super-puissances de l’argent. Ils sont, comme ils ont su l’être aux heures les plus sombres de son histoire, l’honneur de notre pays. C’est pourquoi ils doivent être soutenus. C’est pourquoi, personnellement, je les soutiens.

De Arno Bertina, ce matin sur sa page Facebook : "Nous devons empêcher le gouvernement de nous monter les uns contre les autres, nous devons refuser la compétition qui les excite. Derrière le démantèlement du service public c’est tout un pan de la société qui glissera dans la misère".
Arno Bertina est une voix qui cogne dans la littérature contemporaine. Une voix qui compte. Pour s’en convaincre, il faut lire son dernier livre, "Des châteaux qui brûlent", paru l’automne dernier aux éditions Verticales. C’est un livre qui raconte la séquestration d’un secrétaire d’Etat par les salariés d’un abattoir en liquidation judiciaire. C’est un livre dans lequel résonnent les voix du monde pour en montrer la violence, les heurts mais les bonheurs aussi.

Extrait (avec la difficulté que l’on rencontre lorsqu’on se risque à extraire quelques phrases d’un texte qui, par sa densité même, se refuse à l’exercice sinistre de la découpe) : "Je me suis accroché à cette lumière du matin, je me levais plus tôt que tout le monde pour me précipiter dehors et voir le ciel, depuis le piquet de grève. On m’a reproché "Tu manques toutes les réunions ions" et j’ai répondu "Vous en parlez tellement entre vous que je sais tout". "Mais tu n’y prends pas la parole..." Oui, je ne parle pas moi-même, mais sur les cent trente qu’on est ici, comment imaginer que c’que j’aurais pu dire ne sera dit par personne ? Je suis solitaire et pourtant je sais que le plus important est qu’on soit bien nombreux... On fait les mailles d’un filet, mais très serrées. Plus t’es nombreux, serrés, et moins quelque chose peut échapper (à ce filet)."

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