Les cahiers de Serge Bonnery

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La pluie tarde

vendredi 9 février 2018, par Serge Bonnery

La langue fait de son mieux. Elle s’efforce de relier entre eux les fils invisibles dont la texture nous attache au monde. Elle tisse. La langue coud.

Nous sommes décousus. Les coutures de l’enfance ont cédé sous la pression du temps, des contraintes, des déceptions, des souffrances.

Nous sommes faits de reprises dans le sens où nos grands-mères employaient ce mot : " Donne-moi ces chaussettes, que je te les reprise ".

La langue est affaire de tissage. On noue. On dénoue. On lie. On délie. Souvenons-nous de Maurice Scève. Poète ami.

Ecoutons-le nous parler de sa Délie. Il pétrarquise.

" L’œil trop ardent en mes jeunes erreurs
Girouettait…. "

Un œil qui girouette, ça ne s’invente pas. La poésie existe.

Et quelques décasyllabes plus loin, Maurice ardre :

" Mon basilisque [1] avec sa poignante vue
Perçant corps, cœur et raison dépourvue
Vint pénétrer en l’Ame de mon Ame ".

Ce regard qui tue a probablement à voir avec un objet phallique, me dis-je (mais je suis d’une génération bienveillante et docile). Tandis que la pluie tarde.


[1Animal fabuleux dont le regard mortel est aussi symbole d’éternité.

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