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A pied d’œuvre

lundi 5 février 2018, par Serge Bonnery

J’aime ce mot, œuvre, que nous écrivons au masculin pour désigner l’œuvre entier d’un créateur. Le dictionnaire Robert est pourtant formel : œuvre au masculin est d’abord un terme d’architecture qui désigne, je cite, " l’ensemble de la bâtisse ". Ses fondations, ses murs, sa toiture. La bâtisse dans sa totalité. L’affaire remonte à 1528. Année où les navigateurs espagnols Panfilo de Narvaez et Cabeza de Vaca (Tête de vache : ça ne s’invente pas) débarquèrent en Floride tandis qu’en pleine disette, Florence fermait ses portes aux paysans affamés de Toscane. Sympas, les Florentins.

S’agissant de l’œuvre, nous avons - comme il arrive souvent - extrapolé. Nous avons appliqué ce masculin à des peintres, des sculpteurs, des graveurs. Me fiant toujours au Grand Robert de la langue française, je cite : " Œuvre : ensemble des œuvres d’un artiste, notamment d’un peintre ou d’un graveur ". L’affaire remonte à 1690. On avance.

Dans sa Vie de Beethoven publiée en 1903, Romain Rolland met un grand coup de pied dans la fourmilière. Il élargit le champ en parlant de " l’œuvre entier de Beethoven ". A partir du moment où un musicien de cette envergure entre en scène, on peut s’en donner à cœur joie et parler désormais de l’œuvre entier de Victor Hugo, de Balzac, de Proust. Personne n’y trouvera à redire. Il ne manquerait plus que ça.

Penser que tous ces gens, plume, pinceau ou burin en main, se mirent à marcher, je veux dire qu’ils furent chaque jour à pied d’œuvre, m’enchante.

La réalité est que nous écrivons comme nous marchons. A pied. Dans les rocailles. Les éboulis. Parfois sur les mains pour regarder le ciel.

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