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Le prix de ma liberté

jeudi 14 décembre 2017, par Serge Bonnery

Je poursuis une trajectoire incertaine dépourvue de tout fondement.

« Si j’ai le droit de dire (…) c’est que ces étrangers (…) croyaient en la justice ». Phrase construite à partir de fragments extraits du poème Légion écrit par Paul Eluard en hommage aux vingt-trois résistants du groupe Manouchian assassinés par les nazis le 21 février 1944 au Mont-Valérien.

Ce poème qui s’adresse directement aux martyrs de l’Affiche Rouge, met l’accent sur l’engagement de très nombreux étrangers dans la Résistance pour libérer la France qui, en tant que pays de la révolution et des droits de l’homme, représentait à leurs yeux le dernier rempart contre les fascismes dont eux-mêmes avaient été le plus souvent victimes dans leurs pays d’origine. Ces combattants ont payé le prix de ma liberté.

Le salut d’Eluard à cet étranger qui me rend à la vie en même temps qu’il combat pour que je puisse dire, dans ma langue, le bonheur et l’effroi.

La philosophie aurait ceci de comparable à la peinture qu’elles procèdent l’une et l’autre par ajouts successifs de couches nouvelles (de savoir, de pigments) à des couches déjà existantes (de savoir, de pigments). La psychanalyse aurait plutôt à voir avec la sculpture en ce que toutes deux s’échinent à enlever de la matière pour faire apparaître un vrai visage.

J’ouvre ce matin le tome deux des Œuvres poétiques complètes de Paul Eluard dans la Pléiade, à la recherche d’un poème écrit en hommage aux martyrs du groupe Manouchian. Ceux de l’Affiche Rouge. Je localise ce poème dans un recueil d’hommages de 1950. Il s’intitule Légion. Est composé d’alexandrins sans rime. Mais, ouvrant ce volume, j’y retrouve aussi un feuillet à l’en-tête de la Clinique Saint-Pierre de Perpignan où j’ai été opéré du cœur le 9 mars 2017. Sur cette feuille au format A4 pliée en quatre, figurent les identifiant et mot de passe pour un accès sans restriction de temps à la connexion wifi de l’établissement. Les codes sont valides pour la période du 3 au 18 mars 2017. Ma main tremble. Je jette d’abord ce feuillet dans la corbeille à papier. Puis je me ravise. Je conserverai cette trace à l’endroit même où elle logeait, me rappelant que la poésie d’Eluard m’a accompagné pendant cette traversée.

En ces temps d’obscur et d’oubli, rappeler sans relâche que des étrangers ont pris part à la libération de la France et à la victoire contre le nazisme ne relève plus du devoir mais d’une nécessité impérieuse.

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