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Philosophie et engagement

vendredi 1er septembre 2017, par Serge Bonnery

[Les notes ci-dessous ont été prises lors de la conférence donnée par Denis Kermen, philosophe, à l’université d’été du Parti communiste français (Angers, 25-27 août 2017) sous le titre : "Georges Politzer, quel héritage 75 ans après sa mort ?"].

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Georges Politzer

Ce que je retiens d’abord de l’enseignement de Georges Politzer est une exigence : celle que requiert une philosophie pratique et non systémique. Pour lui, théorie et pratique ne font qu’un. La pratique sans la théorie risque de manquer d’efficacité et de rater sa cible. La théorie sans pratique enferme la philosophie dans l’abstraction, en affaiblit le sens et la portée.

Avec Marx, l’objet de la philosophie n’est plus seulement « d’interpréter le monde » mais aussi - et surtout - de le « transformer ». Georges Politzer a fait de cette injonction, pour lui-même, un ethos, une règle de vie, une manière d’être. De même, il a fait de sa pratique de la philosophie un engagement.

Ses conceptions le conduisent à n’accepter qu’une vision de l’homme total et non séparé en plusieurs entités (corps, âme). L’homme réel de Georges Politzer ne fait qu’un. Il est façonné par les déterminismes historiques, d’où l’importance qu’accordera le philosophe à l’analyse des données économiques. De même qu’il développe une philosophie concrète – le matérialisme historique – de même Georges Politzer élabore une psychologie concrète en tant que science totale de l’homme.

Résistant, créateur du réseau « L’université libre », Georges Politzer a vécu selon ses idées et ses convictions. Fusillé par les nazis en mai 1942, il a payé son engagement de sa vie. Il est pour nous tous un exemple.

  • Quelques repères biographiques 

Né en Hongrie en 1903.

Adhère au Parti communiste hongrois à l’âge de 18 ans.

A Vienne, il participe aux séminaires de la société psychanalytique animés par Freud.

En 1921, il s’installe à Paris où il obtient l’agrégation de philosophie.

En 1940, il entre dans la résistance.

Après l’arrestation de Paul Langevin, il crée le réseau « l’Université Libre » qui est aussi le titre d’une revue clandestine. Elle se situait dans le sillage de La Pensée Libre, revue « illégale » - et proclamée comme telle par ses auteurs - dont deux numéros sont parus en 1941 et 1942.

Georges Politzer a publié des articles dans les revues Commune, Les Cahiers du Bolchevisme ainsi que dans La revue marxiste (sous le pseudonyme de Félix Arnold).

Le 14 février 1942, Georges Politzer est arrêté.

Il est fusillé au Mont-Valérien le 23 mai 1942.

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Georges Politzer
  • Jalons sur un itinéraire philosophique

L’articulation de la philosophie et de l’engagement – de la théorie et de la pratique – est sans doute l’apport essentiel de Georges Politzer à la philosophie.

Georges Politzer voit dans le matérialisme historique un achèvement de la philosophie.

Il affirme une « identité radicale » entre la théorie et la pratique. Pour lui, la théorie est une pratique. Il le démontrera par son engagement dans la résistance en tant que « mise en pratique de ce que sa pensée lui dicte de vivre ».

L’itinéraire philosophique de Georges Politzer part d’un anti-idéalisme pour se diriger vers le matérialisme. Le matérialisme, dit-il, ne peut s’atteindre que par une critique de l’idéalisme.

1) Les idées sont générées dans l’esprit par lui-même (selon l’idéalisme kantien).
2) Ce sont les idées qui forment le réel connu (aussi bien le réel moral que le réel social et historique).

Georges Politzer voit dans la philosophie des Lumières « une étape importante dans la révolution », et pas seulement la Révolution française mais aussi les révolutions prolétariennes à venir.

Le matérialisme ne consiste pas à critiquer et à nier l’idéalisme car, explique Denis Kermen, critiquer et nier sont en eux-mêmes des actes idéalistes. L’idéalisme doit être dépassé, c’est-à-dire compris (avec Kant).

Auteur d’un pamphlet contre Bergson, Georges Politzer lui reproche de « réduire le concret à un concept ». L’abstraction est selon lui « un arrachement de la théorie à sa vocation pratique ».

Pour Georges Politzer, il est nécessaire de « penser le monde pour le changer » et pour ce faire, la théorie ne doit jamais se séparer de la pratique.

Le Parti communiste français l’avait chargé des questions économiques et financières. Cela pouvait paraître étrange de confier ces tâches à un philosophe mais Georges Politzer a accepté car il pensait que l’économie était un point essentiel du matérialisme. Il définit en effet « l’homme réel » comme « homme social qui existe par les déterminismes économiques qui le constituent ».

Dès 1939, « il met en demeure le matérialisme historique de lutter contre le nazisme ». La guerre lui commande de faire un usage concret du matérialisme.

« La pensée doit être l’instrument de l’action ».

Cette exigence est aussi présente dans sa conception du « drame ». Il faut entendre ce mot dans un sens positif. Le drame, chez Politzer, c’est « le réel même, le lieu de forces qui s’opposent ». « Le drame, c’est la vie ».

Tout engagement est pour lui un ethos, une manière d’être. « S’engager, c’est faire vivre et transformer ». Et c’est aussi se risquer car « la grande clarté n’adviendra jamais qui permettrait de s’engager sans risque ».

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Georges Politzer
  • Une psychologie concrète

On retrouve le souci de ne jamais se départir du réel dans sa critique de la psychologie classique à qui il reproche son dualisme (séparation entre d’un côté une âme et, de l’autre, un corps). Pour lui, il n’y a pas deux substances mais une seule. Il en déduit que « la libération de l’homme ne se produira pas dans la pensée mais dans la réalité sociale ».

Sa critique lui permet d’élaborer une psychologie concrète en tant que psychologie de l’homme total. Il la considère comme une science humaine à part entière : la science de la connaissance de l’homme.

Georges Politzer a également formulé une approche critique de la psychanalyse. Il lui reconnaît de mettre la vie réelle au centre de son champ d’investigation mais il la juge encore trop abstraite. Il reproche en effet à Freud de mettre en scène non des hommes réels mais des figures mythologiques et donc de verser dans l’abstraction.

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