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Le Che, un chemin révolutionnaire

mardi 8 août 2017, par Serge Bonnery

Le livre que Jean Ortiz publie aux éditions Arcane 17 sous le titre Vive le Che ! est utile et précieux dans la période où il paraît. D’abord parce qu’il s’agit d’un plaidoyer - ils ne sont pas si nombreux - pour rétablir Ernesto Che Guevara dans sa plénitude d’homme révolutionnaire, contre la fourmilière des détracteurs curieusement beaucoup plus audibles. Ensuite parce que l’auteur [1] ne cantonne pas la figure du Che à la seule référence historique de la révolution cubaine mais l’interroge dans sa dimension universelle.

Pour Jean Ortiz, Che Guevara incarne la révolution sans impératif de lieu ni de temps. « Il nous propose un chemin révolutionnaire à défricher ». Entendons : un chemin à parcourir sans relâche car la révolution constituant toujours un saut dans l’inconnu historique indépendamment du but qu’elle s’est fixé, doit sans cesse se réinventer.

Jean Ortiz s’empresse de démythifier le Che qui n’est « ni un saint, ni Superman, ni une mitraillette, ni un prophète armé, ni un poster… » Mythifier le Che comme on l’a fait dans le passé est en effet, selon lui, une manière habile et efficace de le tuer une seconde fois. Non, ce n’est pas la figure du Che reproduite sur des tee-shirts imprimés à la chaîne qui intéresse Jean Ortiz mais l’authentique « intellectuel communiste (…), penseur marxiste », « guérillero de la pensée et de l’action ». Tel est le Che qui nous parle de « libération humaine », parole plus que jamais actuelle si nous pensons toujours urgente et nécessaire la « réhumanisation du monde ».

  • Pour le présent et le futur

Revisitant sa pensée et son action débarrassées de toutes les falsifications dont elles ont fait l’objet de la part des serviteurs zélés de l’impérialisme, Jean Ortiz recompose pour le présent et le futur la figure d’un Che ouvrant la voie à « un humanisme socialiste » pour qui « la principale ambition révolutionnaire est de voir l’homme libéré de son aliénation ».

La modernité - et l’originalité - du Che est d’avoir placé l’homme au centre du processus révolutionnaire. « L’humain constitue l’objectif fondamental de toute révolution socialiste », insiste Jean Ortiz, toutes celles qui, dans l’histoire, ont failli à cette « vocation » s’étant soldées par des échecs.

C’est entre autres ce constat qui est à l’origine de la position critique du Che à l’égard de l’Union soviétique telle qu’il l’a exprimée dans ses Notes critiques d’économie politique où il rejette l’organisation bureaucratique ou avec plus de virulence encore dans le discours d’Alger en 1965. Che Guevara est catégorique : « Si le communisme ignore les faits de conscience, il peut être une méthode de redistribution mais ce n’est plus une morale révolutionnaire ». Il est clair pour lui que l’internationalisme de la lutte des peuples colonisés contre l’impérialisme n’est pas compatible avec l’hégémonie au nom de laquelle l’Union soviétique souhaite imposer « le socialisme mondial par la force des armes ».

Si Che Guevara avait une vision internationale de la révolution, s’il pensait que la révolution devait être portée partout où des peuples sont opprimés - tel fut le sens de l’engagement en Bolivie qu’il paya de sa vie - il n’avait pas moins la conviction que chaque peuple doit faire sa propre révolution. Son expérience malheureuse au Congo [2] l’a conforté dans l’idée qu’un processus révolutionnaire ne s’exporte pas. Chaque révolution tire son caractère propre des conditions géographique, historique, politique, économique dans lesquelles elle s’inscrit. Le Che, d’une certaine manière, sonne le glas du modèle révolutionnaire pour ne s’attacher qu’à son objet qui, lui, est universel : la libération de l’homme.

Jean Ortiz a raison de souligner que « le Che porte (…) une utopie alternative maximale » selon laquelle « le capitalisme peut être dépassé » mais « à condition de le combattre avec l’objectif d’en finir, sans le ménager, sans chercher à l’aménager » car « il n’est pas amendable ». Nous saisissons bien, ici, la portée de ce livre dissonant par rapport au discours ambiant qui tente par tous les moyens médiatiques à sa disposition de nous convaincre que l’histoire est finie et que le capitalisme demeure le seul système viable pour nos sociétés à bout de souffle.

Mais fi de ce rouleau compresseur : le Che, figure emblématique du combat révolutionnaire en ce qu’il porte d’universel, nous rappelle que non, l’utopie n’est pas morte, que la chute du Mur de Berlin n’a pas tout emporté de l’idée communiste et que le socialisme doit toujours se penser en tant que construction permanente de l’homme nouveau.


[1Jean Ortiz est maître de conférences, syndicaliste et militant politique. Spécialiste de l’histoire de l’Amérique latine et de l’Espagne, il a été correspondant permanent de l’Humanité à Cuba.

[2Les journaux de voyage et textes de combats révolutionnaires d’Ernesto Che Guevara sont rassemblés sous le titre "Combats d’un révolutionnaire" en un volume dans la collection Bouquins des éditions Robert Laffont.

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