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"Le courage est l’exaltation de l’homme"

mardi 1er août 2017, par Serge Bonnery

Mémoire et actualité de Jean Jaurès (Lundi 31 juillet 2017) - Ce matin, comme chaque année à la même date, la famille communiste des Pyrénées-Orientales s’est rassemblée devant la statue érigée dans le centre de la ville à la mémoire de Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914. Cet assassinat consacra la victoire de la haine sur le pacifisme que prônait le fondateur et directeur du journal l’Humanité opposé à la guerre, à la veille de la grande boucherie qui se préparait depuis longtemps déjà dans les officines de l’impérialisme capitaliste.

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31 juillet 2017 à 11 h 30 - Hommage des communistes à Jean Jaurès devant la stèle de Perpignan

Ecoutons Jean Jaurès s’adressant à la jeunesse en janvier 1914 : « L’humanité est maudite si, pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement. Le courage, aujourd’hui, ce n’est pas de maintenir sur le monde la sombre nuée de la guerre, nuée terrible, mais dormante, dont on peut toujours se flatter qu’elle éclatera sur d’autres. Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre ; car le courage est l’exaltation de l’homme, et ceci en est l’abdication (…) Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond (…) Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire » [1].

Le 31 juillet au soir, après avoir tout tenté pour ramener le gouvernement à la raison et obtenir qu’il renonce à la logique de guerre, Jaurès rentre au siège de l’Humanité, 142 rue Montmartre, pour rédiger « l’article décisif », « une sorte de J’accuse où je dénoncerai les causes et les responsables » de la crise. Il n’en a pas le temps : il est terrassé sous les balles de Raoul Villain qui sera acquitté l’année suivante lors d’un procès ouvertement politique parmi les plus vils de l’histoire.

De la difficulté à dire "je" (Jeudi 20 juillet 2017) - Je tiens mon cahier de travail et d’études avec une ferveur qui m’étonne moi-même. Je bute cependant devant la possibilité de le concevoir comme un journal à part entière et de le mettre en forme comme tel en vue de sa mise en ligne.

Mon journal, celui qui tant me manque, autour duquel je tourne depuis ma plus tendre enfance lorsque je griffonnais sur des cahiers d’écolier, cent fois recommencé, cent-et-une fois abandonné : devrais-je le concevoir comme une conversation avec moi-même, sur les sujets les plus hétéroclites qui occupent ou simplement traversent mon quotidien ? C’est là autant ce qui me motive à l’entreprendre que les raisons de son échec passé.

Je tourne toujours autour de la difficulté à dire « je ». La question pourrait être ainsi formulée : en quoi suis-je autorisé à parler, moi qui ne sais/suis rien ? Si seulement je pouvais penser que je ne suis autorisé à parler qu’en mon seul nom, de quelque manque qu’il soit constitué…

Je ne sais en effet ce qui bloque, sinon le peu de goût que j’éprouve à dire « je », à m’exprimer en mon nom propre. Plus qu’un dégoût, il s’agit d’une appréhension. Une peur. Comme si dire l’exister se refusait à moi alors que je crois que mon équilibre personnel tient dans ce dire, à la fois langage du corps et du cœur. Je rêve d’un dit de l’intime, d’un verbe témoin de la sensation que déclenche le frottement au monde, un dit de la pensée saisie dans son hésitation et qui en serait le mouvement même. Je ne crois pas marcher droit sur des rails vers un but qui me serait assigné d’avance. Je claudique. Je tâtonne. Et c’est cette hésitation même qui constitue le mouvement de mon âme.

Apprendre à dire « je ».


Ressources Jaurès sur l’Epervier :
- "Jean Jaurès... icône du pacifisme", entretien avec Gilles Candar.
- "Jean Jaurès, mort pour la paix ", entretien avec l’historien Jean Sagnes.


[1Cité par Gilles Candar et Vincent Duclert dans leur biographie de Jean Jaurès (éditions Fayard).

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