Les cahiers de Serge Bonnery

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Monologue intérieur

vendredi 23 juin 2017, par Serge Bonnery

En sortant du cabinet où il se rendait chaque semaine avec la ponctualité d’un séminariste, la chaleur l’étouffa au point qu’il fut attiré par l’ombre qu’offrait une généreuse haie de platanes courant le long de l’allée centrale d’un jardin public. Pour l’atteindre, il lui suffisait de traverser l’avenue. Ce qu’il fit, comme aimanté par le banc qui, abandonné à cette heure où la ville est infréquentable, n’attendait que lui.

Il s’assit et se mit en devoir de recomposer la conversation qu’il venait d’avoir avec l’homme qui l’écoutait en prenant soin de ne jamais - ou rarement - l’interrompre. Religieusement.

Il se dit que le travail qu’il devait effectuer sur lui-même consistait à dénouer des liens qu’il avait tissés, parfois inconsciemment, et qui, pensait-il, n’avaient plus aujourd’hui de raison d’être. Il en était persuadé voici quelques instants encore. Mais soudain, là, protégé par l’ombre des arbres centenaires et tandis qu’un brin d’air caressait son visage, en était-il si sûr ?

Il lui parut en effet à la réflexion qu’il serait peut-être plus juste de seulement détendre, dans un premier temps, quelques-uns des liens qu’il avait nommés devant son interlocuteur. Serait-il jamais certain d’un futur qui, contrairement à ce qu’il croyait avec orgueil, n’attend personne ?

La peur grandit en lui. Il se leva. Parcourut quelques mètres. La chaleur à nouveau l’étouffa. « Ceci, se dit-il, vient de la nuit qui parle ».

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