Les cahiers de Serge Bonnery

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Des chiens de garde

mercredi 19 avril 2017, par Serge Bonnery

§ Petite chronologie éphémère pour expliquer l interruption d’activité de l’Epervier Incassable pendant presque deux mois.

27 février : fortes douleurs paralysantes dans la poitrine. Demeure coi, en nourrissant l’espoir d’un mal passager et d’un apaisement qui, hélas, ne vient pas.

28 février : interruption brutale de la journée de travail, départ pour le service d’urgences d’une clinique spécialisée en cardiologie, diagnostic quasi immédiat. Le cœur a ses raisons et il n’en démord pas.

1er mars : confirmation à la coronarographie, artères cette fois totalement et définitivement obturées. Seule la chirurgie…

9 mars : opération du cœur, trois pontages coronariens, soins intensifs.

16 mars : transfert en clinique de rééducation pour cinq semaines. En recherche d’apaisement et de récupération. La sortie est prévue pour ce vendredi 21 avril, si tous les contrôles sont bons.

Pendant cette période, marquée par des sensations de grande fatigue et de lassitude, beaucoup demeuré dans la compagnie des musiciens et des poètes. Mozart-Eluard le matin du 9 mars en attendant l’heure du départ vers le bloc opératoire. Plus tard, découverte de la poésie de Supervielle dont il est question ci-dessous. Quelques nouvelles de Tchékov et de Faulkner. Balzac : Le médecin de campagne.

Désir, maintenant, d’une grande (re)lecture de convalescence : la Recherche ? Il y a longtemps que je me promets de relire - sans interruption cette fois - l’œuvre de Marcel Proust que j’ai abordée dans le passé de manière fragmentée. Tout lu mais jamais d’une seule traite. Peut-être le moment est-il venu de vivre l’expérience d’une immersion totale dans l’écriture proustienne… Et pourquoi pas un journal de cette lecture ?

§ Des chiens de garde seront encore à la manœuvre cette semaine. Ceux qui avaient entrepris avec quelque succès jusqu’à il y a quelques jours de verrouiller l’élection présidentielle à leur profit afin de préserver leurs dividendes, tremblent sur leurs bases. J’assiste de loin, presque indifférent, à ce spectacle d’indignité politique. Nous traversons une période de reniements, de mensonges, de renoncements et de trahisons, comme aux pires temps des empires décadents de l’Antiquité. Mais face à cette indignité, une conscience politique se lève, qui a toujours été là, muselée, corsetée, étouffée et qui marche maintenant, quoi qu’il advienne, vers sa liberté.

§ « Seconder l’obscur ». La tâche du poète, selon Jules Supervielle [1], consiste à « seconder l’obscur dans son effort vers la lumière ».

Son écriture procède par fragments, tâtonnements, esquisses et remaniements. Le poème se construit « à partir d’un état initial de désordre et de fragmentation ». Il est toujours susceptible d’évolution, jamais terminé, en mouvement vers sa propre réécriture.

Chez Supervielle, le poème n’est pas précédé par une illumination. L’état de poésie ressemble plutôt à « une confusion magique où les contraires n’existent plus ».
Le poète n’a pas de vision claire de ce qu’il va écrire. Cette clarté viendra par le travail d’écriture - « seconder l’obscur » - et de réécriture toujours nécessaire.

Domine, chez Supervielle, une vision poétique fugitive et fragmentaire. Comment saisir cette vision ? Comment la dire ? Toute la difficulté est là. Comment traduire l’instant poétique ? C’est la question que pose cette œuvre poétique qui, n’ayant appartenu à aucun des courants qui ont irrigué la poésie du XXe siècle, frappe par son extraordinaire singularité.

§ Réinventer le communisme. Alain Badiou publie dans Le Monde daté du 19 avril une tribune intitulée « Voter renforce le conservatisme » dans laquelle il appelle à « relever, laver, recréer » le mot communisme . Extrait :

« (…) une bonne partie de la jeunesse, des démunis, des ouvriers abandonnés, du prolétariat nomade de nos banlieues sont convaincus que, contre le consensus parlementaire, n’existe que la politique fasciste des identités hargneuses, du racisme et du nationalisme.
Pour s’opposer à cette dérive, il n’y a qu’un chemin : réinventer le communisme. Ce mot maudit doit être relevé, lavé, recréé. Il annonce, depuis moins de deux siècles, mais dans une grande vision étayée sur le réel, une libération de l’humanité. Quelques décennies de tentatives sans précédent, violentes parce que brutalement encerclées et attaquées, et finalement vouées à l’échec, ne peuvent convaincre quelqu’un de bonne foi qu’elles suffisent à annuler cette annonce et nous contraignent à renoncer pour toujours à sa réalisation. »


[1« Supervielle entre deux mondes » par Michel Collot, préface aux Œuvres poétiques complètes, Bibliothèque de la Pléiade.

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