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La vie si splendide...

lundi 20 février 2017, par Serge Bonnery

§ Comme un air de régression. Il est des jours où l’on se sent comme emporté par une vague régressive avec le sentiment désagréable de faire marche arrière sur des questions de société dont certaines engagent rien moins que l’avenir de l’humanité.
Une nouvelle course aux armements serait donc engagée sur le sol européen. Dans notre dos, évidemment. C’est le très sérieux New York Times qui le révèle  : la Russie serait en train de déployer des missiles de croisière à portée moyenne susceptibles de frapper l’Europe de l’Ouest, au risque de rallumer les feux de la crise des euromissiles qui avait secoué le Vieux continent au début des années 80.

Flashback. C’est un accord signé en 1987 entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev qui avait enfin mis un terme à l’escalade, les Américains ayant d’abord opposé aux SS-20 soviétiques leurs fameuses fusées Pershing déployées en Europe.
A l’époque, cette crise avait soulevé un immense tollé dans les opinions publiques qui s’étaient dressées, brandissant des slogans pacifistes dont le «  plutôt rouges que morts  » resté célèbre en Allemagne.

On aurait pu naïvement penser que, tirant les leçons du passé, les hommes auraient tourné les pages sombres de leur histoire. C’est faire peu de cas du bellicisme, cette maladie qui se répand comme une traînée de poudre chez certains dirigeants politiques.
Avec son rêve de Grande Russie et son sens brutal de l’intervention militaire, Poutine n’est pas mal dans son genre. En Trump, soyons persuadés que nous tenons un concurrent à la hauteur. «  Si la Russie décide d’agir contre la loi internationale, l’Otan se défendra  », a prévenu en son nom le secrétaire américain à la Défense James Mattis, s’adressant à Moscou lors de sa visite à Bruxelles.

Le problème, avec les surenchères, c’est qu’on ne sait jamais quand ni où elles s’arrêtent. Il y aura toujours un va-t’en guerre pour en rajouter. Le sénateur ultra-conservateur de l’Arkansas Tom Cotton par exemple, pour qui il ne fait pas de doute que, dans cette affaire de missiles, «  les Etats-Unis doivent augmenter leurs forces nucléaires en Europe  ». Même certains experts qui, jusqu’ici, privilégiaient la voie diplomatique, qualifient maintenant de «  nécessaire  » le déploiement de nouveaux armements. Comme au bon vieux temps de la guerre froide...

Le champion toutes catégories des dangers publics pourrait cependant être, en ce moment, le nord-coréen Kim Jong-un qui vient encore de faire joujou avec ses têtes nucléaires quand il ne s’amuse pas à décocher des flèches empoisonnées - ça ne s’invente pas - en direction d’un demi-frère un peu trop encombrant.
Le secrétaire d’Etat Rex Tillerson, toujours au nom de l’intrépide Donald Trump, n’y est pas allé par quatre chemins, prévenant que les Etats-Unis n’hésiteront pas à utiliser la dissuasion nucléaire pour défendre leurs alliés sud-coréens et japonais si Pyongyang ne renonce pas à son programme guerrier.

De tels bras de fer, en Europe et ailleurs dans le monde, aggravent une situation déjà dramatique, au moment où il faudrait plutôt se consacrer de toute urgence à d’autres problèmes planétaires. Si, en effet, aux malheurs de la guerre, on ajoute le réchauffement climatique, la faim, les maladies, les inégalités, la misère... c’est la vie qui est menacée. La vie pourtant si splendide et si prometteuse.

Mais tel est l’air vicié de la régression. Quand on pourrait attendre des formidables progrès des sciences, de l’intelligence et des savoirs qu’ils construisent un monde meilleur, à ciel ouvert, et que l’on ne respire autour de soi que les odeurs nauséabondes de la bêtise, de la cupidité, de l’ignorance et du mal.

§ Partout Mai 68... Un événement est en cours dans l’édition française avec, enfin, la traduction aux éditions de l’Eclat de La Horde d’Or, le livre consigné par Nanni Balestrini et Primo Moroni qui raconte le bouillonnement artistique et politique des années 68-77 en Italie mais qui concerne, au-delà des frontières géographiques strictes, toute une époque aussi vive que complexe. Robert Maggiori signe dans le Libération du jeudi 16 février une double-page sur ce livre-culte. Extrait de l’article :

« A cette époque, si éloignée qu’on la voit en noir et blanc, il semblait qu’il était réaliste de demander l’impossible, que toutes les utopies pouvaient se réaliser. On ne parlait pas alors en 140 caractères, mais en millions de mots, de tracts, d’affiches, de chansons, de dessins, de graffitis, de manifestes, et les réseaux sociaux étaient les liens réels qu’on tissait en conspirant, en « respirant ensemble », en manifestant, en construisant des lieux de vie, des communautés, des coopératives, en libérant les corps et les esprits, en inventant d’autres rapports entre les hommes et les femmes, en se révoltant contre tous les principes d’autorité et de domination injustes ou illégitimes, en luttant contre l’« impérialisme américain », contre la famille trop oppressive, contre le machisme, contre une école inégalitaire et sclérosée, contre les « institutions totales », pénitentiaires, hospitalières, asilaires, qui punissaient et surveillaient au lieu de guérir ou réinsérer, en hissant partout, tantôt rouge, tantôt noir, le drapeau de la « libération », de toutes les libérations - placées sous un seul principe : « La libération de soi comme condition indispensable de la libération de tous. » Cet ensemble labyrinthique d’expressions, de contestations, de « mouvements », d’agitations culturelles et politiques, d’affrontements aussi, de blessures, d’attentats meurtriers, d’incarcérations, on l’a nommé partout Mai 68 ».

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