Les cahiers de Serge Bonnery

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Le «  désir réel  » de faire entendre Chopin

lundi 6 février 2017, par Serge Bonnery

Chopin est, par excellence, le compositeur de l’intime. «  Un petit cercle d’auditeurs choisis chez lesquels il pouvait croire à un désir réel de l’entendre, pouvait seul le déterminer à s’approcher du piano  », écrivait à son sujet son ami Hector Berlioz.
Efforçons-nous donc d’être parmi ces «  auditeurs choisis  » animés du «  réel désir  » d’entendre Chopin selon l’interprétation qu’en donne aujourd’hui David Fray dans son dernier enregistrement.

Ce pianiste nous a habitués depuis longtemps à son style tout en délicatesse, préférant des sonorités méditatives aux démonstrations de force et de virtuosité. Son programme Chopin ne démentira pas les exigences de son jeu. La précision du geste telle qu’il l’avait déjà affichée avec intelligence dans les partitas de Bach.

Il faut s’approcher du piano pour écouter David Fray dans l’un des plus beaux nocturnes du cycle - l’opus 9 numéro 2 - qui ouvre le disque et nous plonge immédiatement dans un Chopin au sommet de son expressivité.

On ne rappellera jamais assez la minutie quasi maladive que Chopin mettait dans la composition de ses œuvres. Hésitant, amendant, ne tenant jamais pour acquise telle ligne mélodique ou telle harmonie. Une recherche de clarté et de transparence habite ce musicien.

De tous les sentiments humains, l’exil est celui qui s’exprime le plus profondément dans sa musique. Ce sentiment romantique d’avoir été versé dans un monde qui n’est pas le vôtre et avec lequel vous devrez quoi qu’il en coûte composer, dans tous les sens du terme, hante sa musique.

Il s’agit, à chaque interprétation, de redessiner les contours de ce paysage mental, comme si la frontière entre soi et les autres était mouvante et poreuse, puis trouver la percée lumineuse qui permet de saisir la main tendue de l’auditeur désirable.

David Fray a un sens inné du poétique. On lui reproche parfois de le pousser trop loin dans des audaces qui frôlent l’irrévérence. Mais pourquoi l’académisme des écoles gagnerait-il toujours la partie  ? Pourquoi le risque de parfois surjouer ne vaudrait-il pas d’être couru quand la prudence est le plus souvent mère d’ennui et d’insécurité ?
A quoi bon un nouveau Chopin dans une discographie d’une abondance vertigineuse  ?

C’est la bonne question. David Fray n’a pas craint d’y répondre. Avec l’humilité des grands interprètes qui s’approchent de leurs maîtres, animés du «  désir réel  » de les faire entendre.


Chopin, par David Fray. Choix de nocturnes, de mazurkas. Une valse, une polonaise et un impromptu complètent le programme. 1 CD Erato.

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