Les cahiers de Serge Bonnery

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Les ivresses poétiques d’Anne Queffélec

lundi 23 janvier 2017, par Serge Bonnery

Des affinités rapprochent les compositeurs rassemblés par Anne Queffélec sur son nouvel album. Ils appartiennent - sauf un - à l’école française dans son large éventail qui va des années 1880 à 1930, autrement dit de la Belle Epoque aux Années Folles. Et les pièces que la pianiste a sélectionnées ont toute un rapport avec la danse, cette «  ivresse d’art  » selon le poète Stéphane Mallarmé.

Anne Queffélec aime cette période de la création musicale en France. Elle n’en est pas à sa première exploration. L’un de ses précédents enregistrements pour le label Mirare était consacré à Eric Satie et ses amis. On y croisait déjà les «  monstres sacrés  » Debussy et Ravel, mais aussi des moins joués comme Florent Schmitt ou Reynaldo Hahn.

Pour illustrer la danse, chère aux musiciens de cette époque comme à leurs illustres aînés, Anne Queffélec déploie plus largement encore l’éventail. Debussy et Ravel sont toujours là, tels des piliers, le dernier avec sa très fameuse Pavane pour une infante défunte, véritable bijou de la littérature pianistique. On a toujours plaisir à entendre Schmitt et Hahn.

Chabrier, Ropartz, Massenet, Poulenc, Saint-Saëns, Franck, Chausson et Pierné s’invitent aussi dans cette ronde musicale à la fois joyeuse et délicate, un savant dosage entre l’ambiance feutrée des salons proustiens et les cabarets où la jeunesse d’après-guerre s’encanaille sur fond de charleston.

Et comme «  il faut toujours garder une place à table pour l’étranger  », ainsi que le dit Anne Queffélec dans le texte qui accompagne le disque, c’est le catalan Federico Mompou qui ouvre le bal avec une pièce intitulée Chanson et Danse numéro 4. Anne Queffélec a un lien intime avec cette œuvre que lui avait fait découvrir sa mère dans l’espoir qu’elle l’entendrait la jouer. Le vœu est exaucé... post mortem.

La pianiste entretient toujours des liens très personnels avec les compositeurs qu’elle interprète. Cette proximité est même ce qui caractérise son jeu. Quand elle s’assied à son piano, on dirait qu’ils regardent tous par-dessus son épaule.

Anne Queffélec est une artiste méditative et contemplative. Elle n’avait pas intitulé par hasard Contemplations un précédent album consacré à Bach. Ce qui captive ici l’attention de l’auditeur, c’est encore et toujours une profondeur lumineuse. Avec Anne Queffélec, nous ne sommes pas dans les sombres méandres de la souffrance mais dans l’espérance du jour qui lève. Entrons dans la danse, le monde est un tourbillon d’ivresse poétique et de belles surprises  !


Entrez dans la danse, par Anne Queffélec. 1CD Mirare.

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