Les cahiers de Serge Bonnery

Accueil > Idées > Marx > Lire et agir avec Marx

Lire et agir avec Marx

samedi 21 janvier 2017, par Serge Bonnery

§ L’ouvrage Découvrir Marx des philosophes Florian Gulli et Jean Quétier qui inaugure la collection Les Propédeutiques aux Editions sociales, se termine par une postface de Lucien Sève qui, dans le prolongement de l’intention du livre, est une invitation à commencer ou recommencer à lire Marx.

  • Idée et classe dominantes

Selon Marx, explique Lucien Sève, les idées dominantes sont toujours celles de la classe dominante. Il développe cette « loi » dans son livre L’idéologie allemande.

La classe dominante vise, par l’usage qu’elle fait du savoir dans sa tentation permanente à le monopoliser et l’orienter de sorte qu’il serve ses seuls intérêts, « à nous faire accepter les moins acceptables de ses choix de classe comme justes ou du moins inévitables ». C’est à cela que l’on reconnaît l’idée dominante. On l’identifie à son obsession à se faire passer pour seule possible, inéluctable. On l’identifie clairement dans la très répandue fausse évidence selon laquelle il n’y aurait pas d’alternative au capitalisme mondialisé.

La philosophie marxiste est l’outil qui permet de débusquer l’idée dominante et de la combattre.

  • Travail et richesse
JPEG - 7.9 ko
Lucien Sève

Autre idée importante développée par Karl Marx (à relire/réentendre avec intérêt dans le contexte actuel de remise en cause de la valeur travail) : « Le travail est l’unique source sociale de toute richesse ». En lui-même, prolonge Lucien Sève, « il est le contraire d’un coût ». Il est donc faux et abusif de parler de « coût » du travail dans la mesure où le travail est la base même de la production des richesses. Ou, pour le dire autrement : sans travail, pas de richesse.

De fait, le travail, ajoute encore Lucien Sève, est « l’unique source des profits de la classe possédante ». La preuve ? La classe possédante, observe le philosophe, n’a de cesse de vouloir augmenter le temps de travail sans le rémunérer, voire même en baissant sa rémunération. C’est donc bien que le travail rapporte plus qu’il ne coûte.

« Pour le capital, le travail est la poule aux œufs d’or ».

  • Lutte des classes, lutte des idées

Dernière leçon de Lucien Sève dans cette postface invitant à une relecture de Marx : « La lutte des classes passe d’abord par la lutte des idées ».

C’est, diront certains, une position purement - typiquement - philosophique. Oui, mais pas que... Pour le philosophe en effet, « l’entrée du capitalisme dans sa longue phase finale exige des forces révolutionnaires une capacité foncièrement renouvelée de perspicacité critique et d’initiative pertinente ».

Perspicacité et initiative : il s’agit d’apprendre l’exercice d’une vigilance pour lire correctement les événements (sans se laisser abuser, par exemple, par l’idée dominante) et de prendre ensuite les initiatives qui découlent de l’analyse critique.

La théorie selon laquelle le capitalisme touche à sa fin rend plus exigeante encore la démarche révolutionnaire. C’est pourquoi, en ce temps de crise, il est nécessaire, selon Lucien Sève, « que la pensée de Marx devienne un bien largement partagé », qu’elle devienne, selon les propres mots de Marx lui-même, « une force matérielle ». Agissante.

Il s’agit donc de s’approprier (ou se réapproprier) individuellement la pensée de Marx pour en assurer à la fois la validité et le rayonnement. C’est ce à quoi contribue l’ouvrage Découvrir Marx de Florian Gulli et Jean Quétier.

Quel est l’enjeu d’un tel travail de relecture ? Découvrir « ce qui, dans la pensée marxiste, nous aide à agir dans le temps présent et ce qui, dans le temps présent, aide à comprendre Marx dans le texte ». En somme : une réciprocité légitime.

< >

Forum

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.