Les cahiers de Serge Bonnery

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"Du très possible communisme..."

mardi 17 janvier 2017, par Serge Bonnery

[Dans leur livre Découvrir Marx qui inaugure aux Editions sociales la nouvelle collection Les Propédeutiques, les philosophes Florian Gulli et Jean Quétier proposent, dans une forme très pédagogique, une relecture d’une douzaine de textes du philosophe qui permettent d’entrer dans sa pensée en levant l’obstacle de la difficulté que peut poser sa compréhension à des bon spécialistes. Quelques notes, ici, sur les enseignements que Marx tire de la Commune de Paris dans son livre La guerre civile en France.]

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Paris - Barricade - Mars 1871

Le 18 mars 1871, le peuple de Paris se soulève, entrant dans un processus révolutionnaire qui conduira à l’établissement de la Commune de Paris, un « fait radicalement nouveau » en tant que « gouvernement de la classe ouvrière », observera Karl Marx.

Deux mois plus tard, la Commune est réprimée. La semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871 met un terme à cette expérience originale qui ne restera cependant pas lettre morte si l’on considère qu’elle a inspiré les grandes révolutions russe et chinoise du XXe siècle.

C’est à chaud, dans les jours qui ont suivi la semaine de répression, que Karl Marx rédige son texte sur la Commune de Paris qui paraîtra sous le titre « La guerre civile en France ». Il s’y livre à une analyse de l’événement en vue d’en tirer les enseignements.

Le mouvement révolutionnaire est, selon Marx, « le résultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des appropriations ». Le philosophe voit tout de suite le parti qu’il y a à tirer de l’instauration d’un gouvernement ouvrier. C’est, selon lui, « la forme politique qui permet de réaliser l’émancipation économique du travail ». Marx place beaucoup d’espoir dans cette « forme politique » qui, si elle a été brutalement réprimée à Paris, est « susceptible d’expansion ». Il sera entendu par les révolutionnaires russes de 1917.

Mais comment Marx établit-il le lien entre « propriété » et « travail », ces deux notions qui, conjointes, sont le cœur même de l’enjeu politique ? Il écrit : « La Commune entendait abolir cette propriété de classe qui fait du travail du grand nombre la richesse de quelques uns ». Il pensait en effet que, par l’émancipation économique du travail, chaque homme devenait individuellement un travailleur et que, dès lors, le travail productif cessait d’être l’attribut d’une seule classe, celle des possédants.

Marx se montre également attentif à la visée profonde de la Commune qui était de « transformer les moyens de production ». De « moyens d’asservissement et d’exploitation », elle voulait qu’ils deviennent des « instruments d’un travail libre et associé ». C’est, ni plus ni moins et très concrètement, la mise en œuvre de la production coopérative.

Dans son texte, Marx avait eu cette formule : « La Commune, c’est du communisme, c’est l’impossible communisme ! » Mais au regard des possibilités offertes par la production coopérative, il déclare cette fois : « Si (la production coopérative) doit évincer le capitalisme », si elle doit « régler la production nationale selon un plan commun (…) que serait-ce sinon du communisme, du très possible communisme ».

Marx lit la Commune de Paris comme la préfiguration de la révolution communiste. Il y voit la tentative de soustraire les travailleurs à la domination de ceux qui possèdent les moyens de production. Le communisme, lui, ne cherche rien d’autre que l’abolition de la propriété de classe. Les deux visées se rejoignent.

Pour Marx en effet, seul le communisme peut réaliser la véritable propriété individuelle qu’il faut distinguer de la propriété privée telle qu’elle s’entend dans le système capitaliste. Pour Marx, le capitalisme est fondé sur « l’anarchie de la production et le despotisme sur le lieu de travail ». Le philosophe inverse sa précédente conclusion. C’est, pour lui, le capitalisme qui est appelé à devenir impossible et, de fait, ouvre la voie au « communisme possible ».

L’originalité de la Commune tient aussi dans sa volonté de « briser l’Etat » en restituant « au corps social toutes les forces jusque là absorbées par l’état parasite ». Elle veut un accomplissement total de la liberté politique. Cet objectif passe, une nouvelle fois, par l’abolition de la propriété privée des moyens de productions et du pouvoir exorbitant que celle-ci procure à la classe dominante des possédants (bourgeoisie).

N’est-ce pas, là encore, une visée ultime du communisme ?

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