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Une lumineuse présence

lundi 9 janvier 2017, par Serge Bonnery

L’artiste Claude Massé s’est éteint dans sa maison de Perpignan et a été inhumé dans le caveau familial du cimetière de Céret, dans l’intimité, selon ses dernières volontés.

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Claude Massé au pied d’un chêne-liège centenaire, dans la forêt de Taillet (photo Roman Bonnery)

C’est un créateur d’une pure originalité et un homme d’une profonde vérité qui vient de laisser nombre d’orphelins. A commencer par sa famille, mais aussi ses amis et, enfin, ses Patots, personnages de liège qu’il créait par milliers et à chacun desquels il donnait un nom  : Blanche de Reynès, Forat Gastoner, Tinarette de Cosprons...

Claude Massé a construit son regard d’artiste au contact des grands peintres de son temps. Durant ses années parisiennes, il a rendu visite à nombre d’entre eux. Parmi ceux qui l’ont le plus marqué  : Gérard Schneider, Kumi Sugaï... et plus près d’ici, Claude Viallat avec lequel il avait noué de forts liens d’amitié. Tous ont été les représentants d’avant-gardes qui ont marqué le XXe siècle.

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Patot de Claude Massé (Photo Roman Bonnery)

De retour à Perpignan au début des années soixante, Claude Massé n’a pas tout de suite mis la main à la pâte. Il a travaillé tour à tour à la médiathèque, au musée Rigaud et à l’école des Beaux-Arts de Perpignan. C’est dans cet environnement que, pour la première fois, il s’est laissé tenter par la création d’objets insolites, écoutant la voix de Jean Dubuffet qui, un jour, lui avait lancé, comme un défi  : «  Faites, Massé  !  »

Ses premières créations prirent la forme de boîtes, colonnes et bâtons qui deviendront l’un de ses signes distinctifs. Il présentera ainsi une quantité impressionnante de bâtons lors de sa première grande exposition personnelle dans un haut lieu du patrimoine catalan  : le prieuré de Serrabone.

Claude Massé s’est intéressé très tôt à la création marginale dans le département des Pyrénées-Orientales. Ses «  singuliers  » comme il les appelait, tels Jean Pous, Albert Manent ou encore Pépé Vignes, il leur a accordé sa plus délicate attention, organisant des expositions de leurs travaux et orientant certains d’entre eux vers la prestigieuse collection d’art brut de Jean Dubuffet à Lausanne.

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Patots - Photo Roman Bonnery

Claude Massé a en effet entretenu une relation intense avec cet artiste majeur du XXe siècle qu’il avait connu dans l’entourage de son père, l’écrivain Ludovic Massé chez qui les artistes avaient table ouverte. Mais Claude s’était démarqué de l’art brut proprement dit, affirmant sa différence en nommant sa propre collection «  Art Autre  ».

C’est cependant auprès de Raoul Dufy, lorsque le peintre légendaire résidait place Arago à Perpignan, que Claude Massé prit ses premières leçons d’art et de dessin. L’enfant qu’il était alors a été durablement marqué par cet artiste auquel il servit plusieurs fois de modèle.

Sa connaissance de la peinture moderne, sa curiosité à l’égard de toutes les formes de création plastique ont poussé Claude Massé vers la direction artistique du musée de Céret qui lui a été confiée dans les années soixante-dix. Il fut ainsi l’organisateur de mémorables expositions.

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Patot de Claude Massé - Photo Roman Bonnery

C’est aussi pendant cette période cérétane qu’il a élargi l’éventail de ses rencontres, croisant notamment sur sa route des géants comme Picasso, Dali, Miro, Chagall ou Marcel Duchamp. Enfin, mu par un insatiable appétit de savoir, il se forgea de solides convictions esthétiques auprès d’historiens de l’art et de philosophes. Michel Ragon, Christian Delacampagne devinrent ainsi des compagnons de route.

Mais Claude avait d’autres passions que les arts plastiques. Le cinéma au temps de sa jeunesse et dont certains visages le faisaient toujours rêver  : Humphrey Bogart, Michèle Morgan, Gaby Andreu... Le monde du spectacle qui le fascinait et lui valut une amitié avec Luis Mariano dont il admirait la voix et...-les costumes  ! Le rugby qu’il allait voir au stade en compagnie de son père et qu’il continuait à suivre devant sa télé avec une excitation enfantine. La corrida aux arènes de Céret, une de ses sources d’inspiration. L’œuvre romanesque de son père dont il a assuré la postérité en multipliant les conférences et en encourageant les rééditions ou les parutions inédites. Les terrasses de café, sa «  résidence secondaire  », où il scrutait la vie.

Par-dessus tout, Claude avait la passion des siens. Cathy, «  LA  » femme de sa vie, avec qui il a partagé soixante ans de vie commune faite d’amour et de complicité rayonnante. Leur fils Christophe, sa fille Anne et sa compagne Emilia. A Paris, autour de sa sœur Lucienne et des siens... Une famille qu’il protégeait d’une pudique discrétion et qui constituait à ses yeux un repère essentiel.

Enfin, il y a l’œuvre personnelle de ce créateur inclassable. Monumentale, pas seulement par le nombre de collages et de lièges que Claude Massé a réalisés dans ses ateliers successifs, jusqu’aux jours ultimes qui ont précédé sa mort venue le surprendre en plein travail, au milieu d’une nouvelle série de collages.

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Claude Massé dans son atelier de Perpignan - Photo Roman Bonnery

Cette œuvre, d’une lumineuse présence, porte comme un flambeau l’humanité de son auteur. Elle est aujourd’hui pour l’essentiel rassemblée au musée de la Création Franche de Bègles, où Claude Massé a rencontré tant auprès du directeur Pascal Rigeade que du maire de la ville Noël Mamère, l’écoute attentive et intelligente qu’il aurait sûrement aimé trouver dans «  ses  » terres catalanes.

La liste des «  personnages  » - ainsi se plaisait-il à les désigner - que Claude Massé a croisés dans sa vie est, à elle seule, un bottin, une histoire. Elle dit l’appétit de vivre qui animait l’homme, la curiosité qui le stimulait et cet extraordinaire goût des autres qui faisait de lui l’ami le plus aimant que chacun rêve un jour de côtoyer.

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Adieu d’un Patot - Photo Roman Bonnery

Sentant la terre se dérober sous leurs pieds et la mort leur enlever une part d’eux-mêmes, ceux qu’il désignait comme son premier cercle - ils se reconnaîtront - pleurent désormais. Orphelins. Comme des Patots...

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