Les cahiers de Serge Bonnery

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1966, la naissance d’un mythe

lundi 26 décembre 2016, par Serge Bonnery

La tournée que Bob Dylan entreprend en 1966 est censée couronner plusieurs années de créativité exceptionnelle durant lesquelles l’auteur-compositeur a publié deux albums cultes, Bringing it all back home puis Highway 61 revisited (les deux en 1965), la sortie de Blonde on Blonde étant prévue pour le mois de mai 1966.

Elle intervient toutefois dans un contexte tendu. Don’t look back, le film de Pennebacker, le montre : durant ces années électriques dans tous les sens du terme, il y a d’un côté, des journalistes qui ne saisissent pas bien ce qui se produit sous leurs yeux - « Ne critiquez pas ce que vous n’êtes pas capables de comprendre… », les avait exhortés Dylan dans The times they’re a-changin) - et, de l’autre, un public pris en sandwich entre amour aveugle et haine tenace.

Après avoir triomphé en 1964, seul avec sa guitare acoustique et son harmonica autour du cou, puis, guitare électrique en bandoulière, s’être jeté dans le vide depuis la scène même du temple folk qu’était en 1965 le festival de Newport, Bob Dylan attaque 1966 comme l’année de la consécration ou celle du naufrage. Le chanteur joue sa peau lors de cette tournée qui débute le 4 février à Louisville puis file vers Sydney pour se terminer les 26 et 27 mai au Royal Albert Hall de Londres par deux concerts qui décident de tout.

En 36 CD, c’est l’essentiel de cette tournée - hors dates américaines - que Columbia ressuscite aujourd’hui avec l’édition d’un coffret qui a nécessité des années de recherche. Dans les concerts de Dylan, il y a toujours une bonne âme pour brancher un magnéto clandestin sur la table de mixage. Entre enregistrements officiels et pirates de fortune, Columbia a trouvé notre bonheur.

La tournée est réglée comme du papier à musique. Le set se déroule en deux parties, acoustique puis électrique. L’ordre des chansons est quasi immuable et le scénario se répète à l’identique. Seul sur scène, Dylan chante dans un silence religieux devant un public affamé d’idolâtrie mais dès qu’apparaît le groupe, un vent violent se déchaîne. L’antisémitisme s’en mêle même lorsque, le 17 mai à Manchester, Dylan est traité de Judas par un spectateur auquel il répond : « Je ne te crois pas, tu es un menteur… »

Entendre les premières versions publiques de Visions of Johanna ou Just like a woman, recevoir comme des gifles les déchirements électriques si caractéristiques de cette période nous entraîne dans la tempête dont Dylan sortira vainqueur. Un mythe est né. Ce que l’artiste exprime alors dans ses chansons valait un prix Nobel.


Bob Dylan, The 1966 live recordings, un coffret 36 CD Columbia. Le concert du 27 mai au Royal Albert Hall fait l’objet d’une édition à part (en CD et vinyle).

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