Les cahiers de Serge Bonnery

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"Une réalité impensable"

vendredi 16 décembre 2016, par Serge Bonnery

I - La matière

a) Selon les conceptions mécanistes

Les conceptions mécanistes du monde opposent la matière à l’esprit.

Descartes pense que la matière est « un substrat étendu et inerte ».

Démocrite, avant lui, avait défendu l’idée d’une matière « discontinue » formée d’atomes insécables.

Epicure voit le monde comme « un ensemble d’atomes tombant dans le vide », lesquels atomes « se sont agglomérés par suite d’une déviation initiale » qu’il nomme du beau nom de : « clinamen ». C’est ce processus qui permet de penser la liberté humaine (le libre arbitre) dans un cadre matérialiste.

b) le dynamisme métaphysique

Selon Ferdinand Alquié, le dynamisme métaphysique est « idéaliste » en ce sens qu’il ramène la matière à une conception de l’esprit et ce faisant, tend vers une négation de la matière.

Pour Leibniz, « toute réalité est force », donc « âme ». La matière est une monade dépourvue de conscience.

Le dynamisme métaphysique est fondé sur la distinction entre forme et matière.

Comment s’opère précisément cette distinction ?
1) il y a, en tout être, ce qui le fait être (c’est la forme)
2) mais il y a aussi, pour cette forme, la nécessité d’un « appui » sans lequel elle demeurerait abstraite (c’est la matière).

Pour Platon, la matière est « ce qui peut devenir », prendre forme. Nous ne pouvons cependant pas avoir idée de ce qu’est la matière même puisque, selon Platon, nous ne pensons que des formes.

Aristote voit la matière comme « puissance de l’acte ». Elle rend compte de ce qui est encore indéterminé dans le sensible. Là encore, elle est du « devenir ». Elle est ce qui n’a pas encore pris forme.

Ferdinand Alquié affirme, lui, que « le réel n’est pas l’esprit ».

Le philosophe adhère à l’idée que « la matière est ce qui n’est pas l’esprit », selon le dynamisme métaphysique auquel il reproche cependant de nier la matière dont on a vu que sans elle, la forme ne peut pas devenir.

Pour Alquié, « la pensée doit admettre l’existence d’une réalité impensable, extérieure au donné ». « Nous croyons, conclut le philosophe, qu’une telle réalité constitue le fond même des choses ».

II - Et la vie ? « Une impulsion créatrice »

Les phénomènes vitaux se reconnaissent à trois caractères essentiels :

1) ils sont le propre « d’être organisés » (soit constitués de parties différentes et solidaires formant un individu).
2) ces phénomènes répondent à des fins et dépendent de fonctions. Ils sont en interaction permanente avec leur milieu. (Souvenons-nous que l’espace-temps est le lieu de nos expériences).
3) ils sont l’objet d’une évolution régulière et limitée dans le temps (cycle vie/mort).

Nous ignorons tout, cependant, de la finalité de la vie, ce qui ne signifie pas pour autant que les philosophes ont abandonné la partie, s’interrogeant malgré tout sur sa nature.

Ainsi, les mécanistes expliquent la vie par les propriétés générales de la matière et s’en tiennent là. Descartes voit les êtres vivants comme « des machines complexes ».

Les tenants du dynamisme métaphysique pensent, eux, que la vie ne peut se ramener à la seule matière. Bergson voit dans la vie « une libre spontanéité ». Il la définit comme « une impulsion créatrice traversant la matière ».

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