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La condition de l’expérience

lundi 12 décembre 2016, par Serge Bonnery

L’espace et le temps sont « les cadres de toute notre expérience ».

Les philosophes anciens pensaient que « le devenir (était) une forme imparfaite de l’être » et que « l’être réel (était) hors du temps ». De là naît la conception du Dieu éternel.

Descartes propose une conception réaliste de l’espace et du temps. Pour lui, le temps est « une succession d’instants indépendants les uns des autres ». Matière et espace sont « équivalents ». Pour Descartes, « tout est plein ». « L’espace, dit-il, est l’essence même des corps ». Ici prend forme l’idée cartésienne d’« espace-substance ».

Leibniz est en désaccord avec Descartes car, pour lui, « le principe d’unité » ne peut se trouver que dans « la substance spirituelle » (autrement appelée monade).

Kant estime, de son côté, qu’espace et temps sont « des formes a priori de notre sensibilité » (ils n’ont pas de réalité ontologique). Kant veut dire par là que « les phénomènes ne sont perceptibles que dans le cadre de l’espace et du temps ».

Pour Kant, espace et temps sont la condition de l’expérience.

Aucun objet, selon lui, n’est pensable en dehors de l’espace et du temps.

En outre, nous ne pouvons pas penser qu’il n’y ait ni espace ni temps. Ils sont, comme il a été dit au début, « les cadres de toute notre expérience ». C’est le mot « toute » qui, ici, doit retenir notre attention : nous ne pouvons faire aucune expérience en dehors de l’espace et du temps. Est-ce à dire qu’en dehors de l’espace et du temps, nous ne sommes rien ?

Il en va de même des « choses ». Elles ne peuvent devenir objets d’expérience que dans le cadre strict de l’espace et du temps qui leur confère leur « réalité empirique ».

Kant admet toutefois l’existence de « choses en soi » qui, échappant à l’espace et au temps (donc à l’expérience) sont dans un état « d’idéalité transcendantale ».

En résumé :

1) la réalité empirique est composée de « choses » qui, soumises à l’espace et au temps, sont des objets d’expérience.

2) l’idéalité transcendantale désigne les « choses en soi » qui, échappant à l’espace et au temps, ne revêtent pas de substance matérielle et, à ce titre, ne peuvent devenir des objets d’expérience.

Parmi les théories modernes de l’espace et du temps, Einstein s’efforce de dépasser la conception kantienne. Il pose que « le temps est relatif au lieu et au mouvement ». Pour Einstein, « l’espace-temps, c’est l’univers », l’espace étant pensé comme une réalité physique qui ne fait qu’un avec la matière.

Conclusion

Selon Ferdinand Alquié, « aucune critique valable n’a été adressée aux conceptions kantiennes ».

1) La connaissance de l’espace suppose « une intuition de fait » et procède d’une constatation pure.

2) Le temps et l’espace posèrent une nature qui leu est propre et ne peuvent être ramenés à des instruments créés par l’homme.

Sans nier la possibilité d’autres espaces-temps « plus réels que ceux que nous concevons » (l’espace-temps d’Einstein par exemple), Kant pose que le réel, « pour être connu de nous, doit se soumettre à notre espace et à notre temps ».

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