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La philosophie, notre bien commun

jeudi 1er décembre 2016, par Serge Bonnery

[Ferdinand Alquié est né à Carcassonne le 18 décembre 1906. Il a effectué ses études au lycée Louis Le Grand à Paris puis à La Sorbonne. Il était l’ami du poète Joë Bousquet, de René Nelli et du professeur de philosophie Claude-Louis Estève. Ils formaient ensemble le noyau du "groupe de Carcassonne" plus tard accueilli au sein de la revue marseillaise Les Cahiers du Sud.
En 1928, le groupe a créé la revue Chantiers où ont été publiés les premières opuscules philosophiques d’Alquié dont les Plans de philosophie générale ici étudiés.
Ferdinand Alquié a fait l’expérience de l’écriture automatique et s’est intéressé au surréalisme dans le sillage de Joë Bousquet. Il est l’auteur d’une Philosophie du surréalisme.
Spécialiste de Kant et de Descartes, il est l’éditeur des œuvres complètes de Kant dans la Bibliothèque de la Pléiade.
Agrégé de philosophie, il a enseigné dans plusieurs lycées en province puis au lycée Louis Le Grand avant de poursuivre sa carrière à l’université de Montpellier et à la Sorbonne où il eut Gilles Deleuze parmi ses élèves.
Il est l’auteur de Leçons de philosophie ainsi que de Leçons sur Kant, Descartes et Spinoza aujourd’hui rééditées aux éditions de La Table Ronde.
]

Les Plans de philosophie générale de Ferdinand Alquié ont été publiés en 1934 aux éditions Chantiers de Carcassonne (réédition La Table Ronde). Il s’agit d’un livret de 75 pages qui peut se lire comme une introduction à l’étude de la philosophie, sorte de « leçon inaugurale » où Alquié fixe la méthode d’enseignement qui prévaudra pour l’ensemble de ses leçons. Nous donnons ici nos notes de lecture.

1 - Les sciences et la philosophie

Philosophie signifie amour de la sagesse, le mot sagesse désignant ici la science et la vertu, ce qui donne à la philosophie « deux fins essentielles » :
« une fin théorique : elle veut nous donner une connaissance et une explication de l’ensemble de la réalité.
une fin pratique : elle veut nous apprendre ce qu’est le Bien et nous fournir une règle de conduite ».

La philosophie se propose d’atteindre ses buts « par les seules ressources de l’esprit humain » (contrairement à la religion qui admet une révélation). Rien ne nous est donné : tout est à acquérir/conquérir par le travail et la recherche.

« La méthode philosophique est essentiellement rationaliste ».

a) La philosophie, connaissance provisoire

A l’origine, la philosophie comprenait l’ensemble du savoir humain. Mais au fur et à mesure des progrès de la connaissance, les sciences se sont constituées en disciplines indépendantes de la philosophie. Cette évolution aboutit aujourd’hui à une spécialisation de plus en plus fine des sciences.

b) La philosophie, synthèse générale des sciences

Or l’homme éprouve, face aux connaissances, un besoin d’unité. Une théorie générale des sciences est donc, non plus du ressort des sciences qui se sont trop spécialisées pour disposer d’une vue d’ensemble les concernant, mais de celui de la philosophie.

Auguste Comte assigne à la philosophie le rôle « d’agent de liaison » entre les différentes disciplines scientifiques.

La philosophie a toujours tenté de dépasser la connaissance scientifique. « Elle veut atteindre le réel et fixer des règles à notre action ». Elle nous est indispensable en cela qu’elle répond à notre besoin de penser le monde pour l’habiter.

La philosophie est notre bien commun. Nous ne saurions accepter qu’elle nous soit confisquée par quelque spécialiste autoproclamé. Nous revendiquons le droit à la philosophie : soit une philosophie faite par tous à l’usage de tous, sans quoi est impensable l’émancipation de l’individu désirant jouir pleinement de sa liberté de mouvement et de conscience.

c) Les insuffisances de la science

« L’homme veut connaître et comprendre le monde, savoir ce qu’est le réel, quelle est l’origine de la cause de l’univers... » La connaissance scientifique ne peut satisfaire ce besoin de compréhension totale qui nous est indispensable pour bien agir. Elle laisse en outre sans solution le problème moral.

« La science ne porte que sur les phénomènes » mais notre pensée veut connaître les choses en soi, le réel tel qu’il existe indépendamment de nous.

La science, affirme Ferdinand Alquié, « ne lui apprend rien à ce sujet ». Du fait de ses spécialisations, elle semble avoir renoncé à une compréhension intégrale du réel. Ne reste donc que la philosophie pour prendre en charge notre désir de totalité dans l’ordre de la connaissance.

Vocation de la philosophie - Notre esprit, selon Ferdinand Alquié, contient en effet une exigence de compréhension et d’intelligibilité absolue. C’est à cette exigence que la philosophie doit répondre.

d) Les exigences de l’esprit et la philosophie

Pour satisfaire aux exigences de notre esprit - ce que ne peut la science - la philosophie doit s’engager dans « un dépassement de la science et fonder une métaphysique et une morale ».

La métaphysique s’entend, chez Aristote, comme « la philosophie première qui porte sur l’être en tant qu’être ». Pour Descartes, elle est « l’étude des connaissances premières » (âme, Dieu etc…)

Il a été admis dans l’histoire des idées que la science ne s’occupait que du relatif et du contingent, la métaphysique cherchant, de son côté, à atteindre l’absolu. La science vise la certitude, pas la métaphysique dont les résultats ne sont cependant qu’hypothétiques, donc discutables à l’infini.

Cette impossibilité, pour la métaphysique, d’affirmer des certitudes poussera Kant à nier jusqu’à sa possibilité même. Il fallait, selon lui, abandonner toute recherche dans cet ordre.

(à suivre...)
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