Les cahiers de Serge Bonnery

Accueil > Les livres > Les Roses Noires > L’incipit

L’incipit

lundi 28 novembre 2016, par Serge Bonnery

Appuyé à la rampe de l’escalier, je regarde Marie. Elle part ce matin. Je reste. Mon regard ne croise pas le sien.

Le hall du deuxième étage, celui qui donne accès aux quatre chambres de la maison, est habillé de noir. Marie part vers la lumière. Je reste dans la pénombre.

Il y avait la chambre de Marie, donnant sur le jardin d’où l’on voit encore le clocher du village, un clocher fortifié, massif, construit pour résister à l’épreuve du temps. Il y avait la chambre de Jean et la mienne, dont les fenêtres ouvrent sur la rue des jardins, protégées du soleil par un tilleul centenaire. Et la chambre vide, dont les occupants sont morts, depuis déjà longtemps.

J’observe la main de Marie glisser le long de sa jambe et se poser sur la poignée de la lourde valise où elle vient d’enfermer ses effets, ainsi que les objets accumulés sur sa table de nuit et le dessus de sa commode.

Que puis-je faire d’autre qu’observer ? Marie part. Je reste à l’écart. Effacé du cadre. Réduit à l’état végétatif du légume qu’on laisse pourrir, par négligence, au fond du réfrigérateur.

Elle soulève à grand peine sa malle de souvenirs, corps penché vers la gauche pour faire contrepoids à quelques années de vie, ici. Eviter la chute où l’aurait entraînée un regret. Ce corps penché à gauche, c’est l’évidence qu’il n’y a plus de place pour le moindre remords dans les yeux de Marie.

Les yeux de Marie étaient d’un noir profond où j’ai perdu sa trace.


Les Roses Noires (récit) est paru en 2006 aux éditions de l’Amourier.

>

Forum

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.