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Michel Deguy : Prose du suaire

jeudi 10 novembre 2016, par Serge Bonnery

[Extrait de La vie subite, éditions Galilée, 2016 - Le poème est dédié à Abdelwahad Meddeb, écrivain et poète franco-tunisien mort à Paris le 5 novembre 2014. Il enseignait la littérature comparée à l’université de Paris X et animait l’émission Cultures d’islam sur France Culture]

Prose du suaire

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Abdelwahad Meddeb

La mort sur le lit te défigure
Elle est partout à la place du corps
Ton visage se retire de la prosopopée
Une vanité « s’émacie » dans le drap

Par les yeux enfoncés tu recules en toi
Où tu sais qu’il n’y aura plus de toi
Si près de ton visage ce jour-là croisé
Avec le nôtre dans l’approche
Du baiser sur les joues
Mon ami tu mourais sous nos yeux

Je t’ai baisé la main pour te dire adieu
Comme si nous pouvions t’envoyer là
D’où tu nous veillerais nous parlerais
Sachant qu’il n’y aurait ni au revoir ni à dieu

« D’où que tu sois » tu es ici
Tu parles tes poèmes dans la nuit de nos jours
Un nous peut te jurer une fidélité

Maintenant le voile puis le suaire de nos pages
Appliqués sur ta vie
Ta vie passible de la transcendance qui la configurait
Relèvent les traces de cette transe
Qui la transfigura

Voici venu le temps des viveurs et des tueurs...
A quoi bon les poètes demandaient les penseurs
Tu réponds : dans la cité politique bons
Pas seulement pour le deuil et les danses

Ce que tu fis de la vie avec ta vie subite son hôte...
La vie à l’œuvre est la vie pour le convivre
Il n’est jamais trop tard pour le trop tard


A lire aussi sur L’Epervier incassable : Le bonheur d’Ulysse (en parcourant La vie subite de Michel Deguy).

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