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Une fabrique du nous

lundi 31 octobre 2016, par Serge Bonnery

[Revue de presse / Le Monde des Livres daté vendredi 28 octobre]

§ Le 4 novembre, le philosophe Georges Didi-Huberman [1] prononcera la leçon inaugurale du Forum philosophique Le Monde / Le Mans sur la question : Hériter, et après ? Il publie un texte sur le sujet dans le supplément Livres consacré à ces rencontres. Quelques extraits...

§ "Notre héritage n’est précédé d’aucun testament..." L’aphorisme de René Char (...) nous demande de repenser ensemble l’autrefois, le maintenant et l’après de toute transmission" car, explique le philosophe, "toute transmission se révèle problématique : incomprise ou incomplète, ou ambivalente, ou trop exigeante, ou trop évidente..."

§ "L’imagination recompose nos héritages (...) avec l’urgence même de nos inquiétudes présentes". L’imagination en tant que "recomposition du réel ou s’inventent les possibles à venir".

§ Pour le philosophe, "ce sont nos désirs (...) qui mènent la danse de l’histoire". Et "désirer, c’est ouvrir (...), s’ouvrir à l’autre, aux autres". C’est là "la question éthique et politique en tant que telle".

§ Sortir de soi... Pour Georges Didi-Huberman, "la seule chose à faire d’un héritage, ce serait de le partager et de le transmettre à d’autres". Il n’a pas vocation à être "conservé pour moi-même". Mais le transmettre exige "d’ouvrir le je", de "réinstaurer un nous crucial et problématique", ce "nous" qui "ne se présuppose pas" mais "s’invente et s’organise".

§ "Contre l’idée d’une forme de vie donnée au peuple par ceux qui entendent le gouverner - en réalité l’exploiter jusqu’à la moelle - le peuple répondra donc : la vie est à nous (...) cela veut dire la liberté et l’autonomie (...) : notre vie n’appartient pas à ceux qui nous font travailler".

§ Voilà posés, me semble-t-il, les termes du débat de société qui devrait "nous" occuper en permanence (et pas seulement à la veille d’une échéance électorale dévoyée par son outrancière personnalisation qui autorise tous les excès) : réfléchir ensemble à ce que "nous" voulons devenir, forts de "nos" héritages partagés.

§ Faire de la politique une fabrique du nous.


[1Derniers livres parus : Ninfa fluide, essai sur le drapé-désir (Gallimard, 2015). Sortir du noir (Minuit, 2015). Peuples en larmes, peuples en armes. L’Œil de l’histoire, 6 (Minuit, 2016).

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