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Un recommencement de l’histoire

lundi 31 octobre 2016, par Serge Bonnery

§ Samedi 29 octobre sur France Culture, l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut est consacrée au livre de Jean-Claude Milner, Relire la Révolution, qui vient de paraître aux éditions Verdier. Invités : Jean-Claude Milner et l’historien de la Révolution française Patrice Gueniffey, auteur notamment de Histoires de la Révolution et de l’Empire (éditions Perrin/Tempus). Tout au long de l’émission, deux lectures du fait révolutionnaire s’opposent.

§ La Révolution française est d’une radicale nouveauté en ce qu’elle constitue une rupture avec le passé. Elle est un recommencement de l’histoire.

§ Singularité de la Révolution française par rapport aux révolutions du XXe siècle qui s’y référeront en tant que modèle : les révolutionnaires français n’ont pas prémédité la Révolution. Jean-Claude Milner : les Français ont appris la révolution en la faisant (contrairement aux Bolcheviques qui l’avaient pensée avant de passer à l’acte). Sans repère, sans référence historique, les révolutionnaires français ont inventé le futur.

§ Impératif - Pour juger de la Révolution française, de son originalité, de son apport comme de ses défaites et renoncements, il convient de se placer du point de vue des révolutionnaires eux-mêmes. Voir avec les yeux de leur temps.

§ La guerre en tant que contrainte - Pour Jean-Claude Milner, les révolutionnaires français subissent la guerre. Elle pèse sur le processus révolutionnaire comme une contrainte qui lui est extérieure. C’est la guerre qui contraint les révolutionnaires à suspendre momentanément l’élaboration de la Constitution qui est le seul vrai but de la Révolution et qui, en tant que tel, en est le terme. Momentanément : le caractère provisoire de cette interruption est souligné avec insistance par Jean-Claude Milner qui reviendra sur cette notion de « provisoire » au moment où il sera question de la Terreur. Pour lui, l’intention de Robespierre est de terminer au plus vite la Révolution avant que tous ses acquis (Déclaration des droits, abolition des privilèges...) ne soient irrémédiablement perdus. Mais Patrice Gueniffey fait observer combien il est hasardeux - imprudent du point de vue de l’historien - de prêter des intentions à Robespierre car faute d’archives - après sa mort, beaucoup de documents de sa main ont été détruits par ceux-là même qui avaient tout à craindre de lui - il est selon lui impossible de déterminer avec précision quelles étaient ses intentions.

§ Terreur (1) - Patrice Gueniffey en donne une définition : « La Terreur consiste à faire peur à tout le monde. C’est une menace indéfinie, permanente et universelle ». Une définition qui peut s’appliquer au terrorisme. Or il me semble qu’il existe une différence de nature entre la Terreur telle qu’instaurée par le gouvernement révolutionnaire à partir du printemps 1793 et le terrorisme de type Daech (à préciser cependant).

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Maximilien Robespierre

§ Terreur (2) - A partir de l’automne 1793, on assiste à une montée en puissance de la terreur.

a) La loi du 17 septembre 1793 (loi des suspects) considère comme suspects tous ceux qui « soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme et ennemis de la liberté » et ordonne leur arrestation. A partir de ce moment, on ne juge plus sur des faits mais sur des intentions (négation du droit).

b) La loi du 22 prairial an II (10 juin 1794) ouvre la période dite de la Grande Terreur. Les suspects se voient alors privés de tout droit de défense ou de recours. Devant la Convention, Georges Couthon (co-auteur de la loi avec Robespierre) déclare : « Le délai pour punir les ennemis de la patrie ne doit être que le temps de les reconnaître ; il s’agit moins de les punir que de les anéantir. Il n’est pas question de donner quelques exemples, mais d’exterminer les implacables satellites de la tyrannie… »

§ Terreur (3) - Jean-Claude Milner rappelle le caractère provisoire du Tribunal révolutionnaire qui n’est là que pour un temps - celui de la guerre (à l’intérieur - Vendée - comme à l’extérieur des frontières de la France) - et dont la mission est précise. Le tribunal a été créé au printemps 1793 dans le but de limiter la violence aveugle du peuple telle qu’elle s’est déchaînée lors des massacres de septembre 1792. La loi du 10 mars 1793 l’établit sous la dénomination de Tribunal criminel extraordinaire. Danton (créateur du tribunal) déclare à ce moment-là : « Soyons terribles pour éviter au peuple de l’être ».

§ Terreur (4) - Jean-Claude Milner pose tout l’enjeu du débat dans la conclusion de son livre quand il écrit : « Rien n’efface la Terreur, mais la Terreur n’efface pas la Déclaration des droits ». Les dérives annihilent-elles la valeur des acquis ? La question vaut pour toutes les révolutions dont Alain Finkielkraut a eu auparavant soin de rappeler qu’au XXe siècle, elles se sont toutes terminées en dictatures (Union soviétique, Chine, Cuba)...

§ L’émission :

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