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Toujours le « nous » en question

jeudi 4 août 2016, par Serge Bonnery

Le Banquet du livre de Lagrasse a de la suite dans les idées. Après s’être interrogés en août 2014 sur « qui est nous aujourd’hui ? », puis en 2015 sur « ce qui nous est étranger », les invités plancheront cette année sur le thème : « Ce qui nous sépare, ce qui nous relie ». Une double question rendue plus pertinente encore par l’actualité récente.

« Cette question du nous est ce qui se discute d’un banquet à l’autre », confirme Dominique Bondu, directeur de la Maison du Banquet et des générations de Lagrasse. Un lieu singulier, inséré, comme un coin dans le tronc d’un vieux cèdre, au sein d’une abbaye bénédictine partagée entre une partie rendue un jour au public, laïque et non confessionnelle, et une autre, demeurée privée, occupée depuis 2004 par une congrégation religieuse d’obédience catholique de rite romain.

Montrer « le positif dans ce qui nous sépare » : c’est ce à quoi s’attachera la vingt- et-unième édition du Banquet du livre, créé en 1995 par un groupe d’hommes et de femmes qui, parce qu’ils ne pouvaient se résoudre au renoncement, ont misé sur le dialogue et la pensée pour permettre à l’humain de continuer à se construire.

« Il y a encore des aspects, dans le questionnement qui nous occupe, qui n’ont pas été suffisamment traités », estime Dominique Bondu. La question de la frontière, par exemple, et du cosmopolitisme qui est son pendant avec, en point de mire, celle de l’hospitalité due à l’Autre. O combien d’actualité en pleine crise des migrants de Méditerranée.

A y regarder de plus près, la séparation peut s’entendre aussi dans une dimension positive. « La séparation est une donnée irréductible à la condition humaine », argue Dominique Bondu. Elle pose de fait, selon lui, la question de l’altérité. « C’est à partir de la séparation que l’on peut penser le rapport à l’autre qui n’est pas soi », ajoute-t-il.
Pas question, ici, d’accréditer l’idée d’un monde univoque, homogène et uniformisé au sein duquel la pensée - qui ne se nourrit que de diversité - deviendrait impossible.

D’ailleurs, pour preuve de cette diversité vitale, il suffit de parcourir la liste des invités à la table du Banquet : les représentants d’un large panel de disciplines - philosophie, anthropologie, sociologie, histoire, géographie, cinéma, théâtre et littérature - vont s’atteler à la tâche de traiter la question à l’ordre du jour. Pour, assure Dominique Bondu, « prendre de la hauteur » et « ne pas céder à l’opinion commune », ce brouhaha du « temps de hâte qui veut tout de suite en finir avec tout » dont parlait déjà Nietzsche. Alors que le questionnement ne fait qu’inlassablement recommencer et que, d’une année sur l’autre, le Banquet s’efforce de dessiner les contours d’un futur qui requiert chacun de nous. Projet humain, s’il en est, et sans cesse renouvelé.

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