Les cahiers de Serge Bonnery

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Les belles « torgnoles » de Miossec

mercredi 20 juillet 2016, par Serge Bonnery

Dix albums en vingt ans de carrière : avec la régularité d’un métronome, avec - intact - le souci du détail et l’exigence de ne jamais se répéter, à 51 ans, Christophe Miossec avance.

Il y a bien sûr un style Miossec, qui se reconnaît entre mille. Mais le Brestois a ceci de particulier qu’il ne s’installe pas dans le confort du « métier ». Il brise les lignes comme un navire les vagues. S’offre au vent. Miossec, ça gîte, ça tangue mais ça ne chavire jamais.

Son dixième opus confirme la règle que le marin des mots s’est fixée : ne jamais être là où on l’attend.

Pour l’album précédent - Ici-bas, ici même -, il s’était attaché les services du génial déjanté Albin de la Simone, tour à tour homme de confiance de Vanessa Paradis, compagnon de route de M et pilier chez Alain Souchon. Pour le nouveau Mammifères, plus d’Albin au pupitre mais un quatuor de guitares et accordéon formé autour de la violoniste Mirabelle Gilis. Ces quatre-là et Miossec se sont croisés lors d’une soirée hommage à un ami disparu. Les morts ont la faculté d’unir pour le meilleur les vivants.

L’album, lui, fait suite à une tournée plus improvisée qu’organisée : une vingtaine de dates, dans l’intimité de lieux insolites - chapelles, guinguettes, vignobles - où l’orchestre a rodé un son buriné par les coups de soleil et de vent.

Le risque inhérent à toute création, Christophe Miossec fait plus que l’assumer : il le revendique. « On y va... », lance-t-il donc dès la première chanson du disque, comme une invitation à se jeter à l’eau puisqu’aussi bien, il n’y a plus que ça à faire aujourd’hui. Donc, « on y va, même si on ne sait pas vers où, même si on ne sait plus vers quoi... »

Destination bonheur - ou ce qu’il en reste quand le chant se fait désespéré - parmi les mouches, les alouettes, dans la nuit bleue, le souvenir du père, émouvante ballade qui clôt l’affaire. Et ça marche. Car « on y va ». En toute confiance. Ecoute après écoute, Mammifères déploie sa grand-voile d’émotions, de clins d’œil et de confidences intimes. Quand Miossec « perd l’écorce », « enlève ses écailles » et met son cœur à nu, il touche au sublime.

C’est cette sincérité que l’on attend des vrais artistes, ceux qui nous font lever la nuit avec une raison de penser que tout n’est pas encore perdu. La poésie de Miossec se nourrit des riens qui font le sel des jours, de gestes flous en « belles torgnoles », juste pour nous préserver du grand sommeil des ombres. Ainsi « la vie vole... »

Et si l’on doit « pouvoir rire de tout ce que l’on dit... », c’est qu’une déferlante, à tout moment, peut ensevelir dans l’oubli les mammifères que nous sommes. Alors, puisque nous n’avons rien à perdre, allons-y ! « Après nous, les mouches... »


Mammifères, de Christophe Miossec. 1 CD Columbia/Sony.

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