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Vertiges d’Aragon

mercredi 8 juin 2016, par Serge Bonnery

« Je suis curieux de savoir quelle sera la réception de ce livre. Je ne sais pas quelle place Aragon a vraiment conservée dans les cœurs », disait Philippe Forest dans l’Humanité lors d’un entretien consécutif à la parution de sa biographie d’Aragon chez Gallimard. La réponse, il la trouve aujourd’hui en partie dans le prix Goncourt de la biographie qui vient de lui être attribué.

Louis Aragon : poète, romancier, militant. Les trois conjugués en un seul et même élan aux multiples facettes. Articles de journaux, revues, direction de publications, poèmes, romans, textes polémiques... Aragon, la puissance de l’un et du multiple.

Philippe Forest : « La pire des choses serait de juger Aragon. Il a fait preuve tout au long de sa vie d’une formidable liberté et d’un formidable courage. » Publier des poèmes entre 40 et 44 pouvait conduire à la torture.

Une « capacité à se renouveler sans cesse ». Il y a quelque chose d’abyssal chez Aragon et dans son œuvre. Le terme d’écrivain prolifique à son égard ne me paraît pas approprié. Plutôt sentir dans cette œuvre une densité, une épaisseur. Tout le poids du réel sous toutes ses formes possibles de manifestation. « Ce qu’il demande à la littérature, c’est le vertige », dit Philippe Forest. Vertige qui, selon lui, « est lié à un sentiment tournoyant de perte perpétuelle d’identité. »

Si dans les débats d’aujourd’hui sur ce sujet, nous pouvions nous souvenir que l’identité en soi n’existe pas, qu’elle est mouvante, qu’elle est une quête, une recherche...

« Un réalisme essentiel et expérimental » : Aragon « se méfiait de la littérature pure, le roman pur, la poésie pure »... Il nous invite aujourd’hui à une littérature qui soit frottement, confrontation au réel. A cette réalité rugueuse dont je parlais ici-même il y a quelques jours, citant entre autres le poème Adieu de Rimbaud dans Une saison en enfer.

« Sa passion du réel », note Philippe Forest, « il la revendique aussi bien en littérature qu’en politique ». La littérature, ça saigne, ça heurte, ça se trompe aussi... Ne sommes-nous pas, nous-mêmes, la somme de nos contradictions et de nos erreurs ?

Aragon nous lègue « un réalisme qui prend acte du caractère instable de la réalité et qui invente de nouvelles formes de dire ce réel ». Qu’allons-nous en faire de manière générale, et plus particulièrement en cette période où s’opère dans la société un glissement vers toujours plus économie marchande et de spéculation qui enchaîne l’homme-consommateur à la seule satisfaction de ses plus futiles désirs...

Actualité d’Aragon ? Nous aurons sûrement à y revenir, ici.

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