Les cahiers de Serge Bonnery

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Traduire Mandelstam

mardi 17 septembre 2013, par Serge Bonnery

Avant-texte

La dissémination mensuelle web association des auteurs de ce vendredi 27 septembre sur le thème traduction-adaptation a été proposée par Antoine Bréa, animateur du blog Amour 2.0 sur lequel on peut lire sa traduction en cours de Perceval ou le Conte du Graal.

Il y a longtemps que j’avais en projet d’évoquer ici la figure du poète Ossip Mandelstam, mort en déportation, dans les geôles immondes de la Kolyma, le 27 décembre 1938, à l’âge de 47 ans. Je voulais surtout aller voir de plus près L’épigramme contre Staline qui lui valut sa première arrestation en 1934, me disant : que peut-il bien y avoir de si subversif dans un poème de seize vers qui justifie l’acharnement policier dont fut victime Mandelstam dans les dernières années de sa courte vie ?

Cette dissémination me donne l’occasion d’ouvrir une fenêtre sur Mandelstam. Pour parler de ce poète, de sa langue, de son acuité, je laisse la main à trois contributeurs qui m’ont tous autorisé à reproduire ici leur travail. J’ai donc plaisir à accueillir (dans l’ordre d’apparition) Gil Pressnitzer, infatigable animateur du site de partage Esprits Nomades, le poète et traducteur Serge Venturini qui n’anime ni blog ni site sur le web mais que l’on retrouve tout de même sur cette toile à laquelle on n’échappe pas à travers un compte de partage sur Google+. On peut suivre aussi Serge Venturini sur twitter et lire une sélection de ses poèmes sur le blog Emmila Gitana. Enfin, vous entendrez la voix de Gilles-Claude Thériault qui, de Montréal (Canada), traverse les océans pour nous dire trois poèmes. Bonne navigation...

"Vous ne m’avez pas pris ces lèvres qui remuent"... (Les mots de Mandelstam, par Gill Pressnitzer)

Ce texte est extrait d’un article mis en ligne sur le site Esprits Nomades sous le titre "Ossip Mandelstam, contre tout espoir".

(...) L’ombre du poète va au-dessus des miradors. Ainsi la poésie de Mandelstam est totalement en creux de celle de Paul Celan, qui sans cesse fait appel à sa mémoire, et le célèbre au travers des métaphores de l’amande ou de l’amandier, nom en allemand de Mandelstam. "Sa prose de laquais", d’après Staline, aura enseveli ses bourreaux

En me privant des mers et de l’élan et de l’aile, en donnant à mon pied l’assise d’une terre violente qu’avez-vous obtenu ? Piètre calcul ! Vous ne m’avez pas pris ces lèvres qui remuent.

Lui « l’excroissance folle », le sacrifié de l’histoire ose maintenant hurler en nous. Et sa folle espérance court devant nous, prenant appui sur son désespoir : "Le pas qui nous porte sera trop loin de nous Les fleurs immortelles, le ciel d’un seul tenant Et ce qui adviendra : simple promesse…" (4 mai 1937). Je n’ai d’ailleurs vraiment rencontré la poésie de Mandelstam qu’au travers des traductions en allemand de Paul Celan, le russe m’étant hélas étranger, ou des tentatives françaises d’ Henri Abril, de Markowicz, de Philippe Jaccottet. Mais la plupart du temps, les traductions françaises nous laissent au bord de la route, car trop pleines de joliesses dans leur tentative désespérée de rendre compte de la complexité de la langue et des nombreuses assonances, des allitérations des vers.

La poésie de Mandelstam semble toujours être sous tension. Sa prose abondante aussi est de la même concentration : « La prose de Mandelstam est comme une pluie de graines qui doivent germer dans l’esprit créateur du lecteur » (Nikita Struve). Pour moi, Mandelstam est une suite de pierres dures, avec « de l’air qui se dérobe », des mots écrits « sans permission ». Nous savons qu’il y a un côté classique dans son écriture, se mêlant à l’art de la révolution chez lui, un symbolisme fort de ses premiers poèmes acméistes, ce mouvement poétique russe du début du vingtième siècle qui voulait parler de l’âme et s’opposera au mouvement futuriste russe.

Comment rendre le sucré et le suave de ses vers avec la tension intérieure du poète et son urgence ? Tant de musiques se trouvent dans ses vers, à l’intérieur même, que l’équivalent poétique français est de l’ordre de l’impossible, à moins de faire des rimes sans raison. Il faut retrouver le fragile et volatil équilibre « des métamorphoses instrumentales », être musicien et poète tout à la fois. Pendant une période longue de presque cinq ans, Mandelstam se sera totalement tu, il avait compris la réalité stalinienne, alors Mandelstam se débarrasse définitivement du lyrisme abstrait et hors de la réalité de ses débuts. Il veut toucher presque physiquement la matérialité du sol russe et de ses vibrations. Il dira alors qu’il est passé par le « purgatoire de la métamorphose ». Il oscille de façon permanente entre la volonté d’être compris et la fulgurance de l’ellipse. Il porte sur lui et en lui « le bruit du temps » et tend vers l’universel. Il parle entre le ciel et la terre, l’humain et la fumée.

Les poèmes de la fin sont les mieux connus, car une pitié globale est là, sans plainte ni complainte. « Face à la mort nous n’avons qu’une ressource, faire de l’art avant elle » (René Char). Mandelstam aura fait de l’art, puis la mort l’aura dépassé. Mais il sera toujours resté lucide, totalement lucide.

Il ne me reste qu’un seul souci sur terre, un souci d’or : porter le poids du temps.

Les cahiers de Voronej sont son œuvre ultime (1935-1937) dans laquelle il parle de sa condition de bagnard, dans le froid et l’anonymat de ceux qui vont mourir :

Des monceaux de têtes s’effacent à l’horizon

Là-bas je me réduis, nul ne me remarque plus.

Mais en de tendres livres, et dans les jeux d’enfants.

Je ressusciterai pour dire : le soleil brille".

Ces poèmes, écrits après plus de cinq années d’errance, de silence, de misère, de luttes contre le fascisme soviétique, ne sont plus ceux de Mandelstam d’avant. La rupture de style est immense. Les supplices sont sur son corps chaque jour, chaque nuit. Sa raison chancelle. « Non, tu n’es ni mort, ni seul » hurle-t-il encore, il était déjà les deux. Le jeune poète brillant, adulé par un peuple très jeune, célèbre à 22 ans, devient le gris prisonnier les pieds dans la neige, enviant le sort des loups. Sa « mortelle envie de vivre » le tiendra pourtant debout quatre ans, de Voronej à la Sibérie.

Publiant dès quinze ans des poèmes, animant des écoles littéraires, chef de file de l’acméisme, il sera « le sensible sismographe » de toutes les émotions. Il opposera à la violence de son temps son chant d’espérance, espoir contre espoir de faussaire. Sa poésie n’est pas bloc de désespoir, mais voix qui chante, voix qui vibre. Mandelstam riait souvent aux éclats de la vie et de lui-même. Le tout dans une forme qui semble étrangement classique pour mieux nous perdre. Il a confiance dans le pouvoir de vie de la poésie, confiance au pouvoir de sa parole. Il vit pour écrire, il écrit donc il vit. "Ce qui distingue la poésie de la parole machinale, c’est que la poésie justement nous réveille, nous secoue en plein milieu du mot". Il va « devenir le sensible sismographe capable d’enregistrer les sursauts ou les plus délicats tremblements du monde, entendre, voir, toucher, aimer, respirer » (Florian Rodari). Dans son recueil La quatrième prose, réponse véhémente et cinglante contre des diffamations, il définit son art poétique et surtout il a le courage insensé de solder ses comptes avec la médiocratie stalinienne.

Au milieu du chemin de ma vie, je fus arrêté dans la profonde forêt des soviets par des bandits qui s’intitulèrent mes juges. C’étaient des vieillards au cou noueux, à la petite tête d’oie, indignes de porter le poids des ans. Pour la première et la seule fois de ma vie, la littérature eut besoin de moi, elle me pétrissait, me ballottait, me malaxait, et tout faisait peur comme dans un rêve d’enfance.

Au-delà du constat, ce qui en impose est l’irréductible position du poète debout face à la société. Cette sourde et profonde confiance que sa voix passera par-dessus les horreurs du monde. Il semble posséder une aura messianique. Lui le poète juif d’origine lettonne, d’un père pelletier et d’une mère pianiste, mais sans culture juive aucune, il aura été le symbole de la crucifixion des justes. Alors elle, sa poésie, coule presque sereine, sachant qu’elle est une conscience, qu’elle éveille le peuple à la conscience, celle de sa véritable vie.

Au peuple il faut un vers secrètement natal Pour qu’indifféremment il secoue sa torpeur Et qu’avec la vague de châtaigniers aux boucles de lin Il se lave dans le souffle du vers.

Sa poésie ne se veut pas moderne, mais hors du temps : « je ne suis le contemporain de personne ». Calme et dure est sa poésie, une force intérieure toujours éclairante. Sa poésie est, d’après les russophones, geste musical, chair de sons, paroles de vie. Elle est avant tout vibration. Il croit passionnément en la musique mais il sait que : "Et au son des cloches toute mon âme s’ouvre… Mais la musique ne peut pas sauver du gouffre !" Il a fouillé et modelé la tourbe de la langue russe. Elle est autre depuis son ensemencement.

Serge Venturini : "Je travaille à l’oreille"

Poète, professeur de lettres, Serge Venturini est directeur de la collection Lettres Arméniennes aux éditions de L’Harmattan où il publie l’essentiel de ses livres. Aux côtés d’Elisabeth Mouradian, sa compagne, il mène une activité de traducteur. Ensemble, ils ont notamment traduit Les Odes Arméniennes du poète-troubadour Sayat-Nova. Ils ont aussi traduit plusieurs poèmes d’Ossip Mandelstam dont L’Epigramme contre Staline pour laquelle Serge Venturini a rédigé l’article mis en ligne sur Wikipedia. Cette contribution est l’une de ses rares incursions sur le web. Ce poète n’anime pas de blog ni de site personnel. Dans les réponses aux trois questions que nous lui avons posées, il livre son approche de la traduction de Mandelstam en particulier et de la poésie en général. Cet entretien sera suivi des traductions de deux poèmes d’Ossip Mandelstam : L’épigramme contre Staline et La Mendiante.

Comment traduire un poème comme l’Epigramme contre Staline de Mandelstam ?
Avec de bons dictionnaires ! (Rire) Tout d’abord, en respectant scrupuleusement le sens du poème. Ce qui manque en général aux autres versions publiées qui survolent le texte et ne prennent pas en considération toute la teneur. Elisabeth Mouradian est très exigeante en ce domaine et ce travail est le fruit d’un binôme amoureux. Ensuite, c’est le rythme qui guide la métrique du texte. — Le rythme comme seule et unique mesure. J’ai appris cela de Mandelstam lui-même qui travaillait à l’oreille. Je travaille moi aussi de cette manière, — à l’oreille, avec les lèvres qui remuent. J’entends juste ou je n’entends pas. J’ai l’ouïe très fine. — Elle m’empêche même de dormir. (Rire) J’entends les étoiles quand elles dialoguent entre elles.

En quoi Mandelstam est-il toujours d’actualité ?
Mandelstam sera toujours d’actualité. Un inactuel au sens nietzschéen du terme. Il demeure un exemple de vie et de vérité pour les générations qui viendront. « Je ne peux me taire » criait-il ! Un courage sans bornes porte cet homme en un monde barbare où règne la Terreur. Il faut désobéir quand l’injustice est criante et brise les échines comme les immenses vagues de 1937. Refus ! Refus ! Refus, dire non ! — « Ne daigne ! » s’exclamait encore Tsvétaïéva pendant la même période. — Autre voix passionnée du XXe siècle.

A quoi êtes-vous attentif quand vous traduisez un poème ?
Au rythme ! Sans rythme pas de poésie. Et la poésie est avant tout musique. « Labitur ex oculis nunc quoque gutta meis »... ce beau vers d’Ovide me revient en mémoire ! Rimbaud, avec par exemple son vers, « l’eau verte pénétra ma coque de sapin », et tant d’autres bijoux inouïs qui tant m’éblouissent. Sans oublier Verlaine. Alexander Blok était un dieu dans ce domaine. Il est pourtant très peu aimé en France. Il y a une al-kīmiyā sonore, les sons se combinent ou ne se combinent pas. C’est une chimie fort mystérieuse. Quand j’ai traduit Sayat-Nova, le troubadour arménien du XVIIIe siècle, avec Elisabeth Mouradian (sept ans de travail quasi quotidien), nous visions à la fois sens et musique. Il est nécessaire de respecter ces deux valeurs. — Sans quoi rien n’est possible !

Epigramme contre Staline

Nous vivons sans sentir sous nos pieds le pays,
Nos paroles à dix pas ne sont même plus ouïes,
Et là où s’engage un début d’entretien, —
Là on se rappelle le montagnard du Kremlin.
Ses gros doigts sont gras comme des vers,
Ses mots comme des quintaux lourds sont précis.
Ses moustaches narguent comme des cafards,
Et tout le haut de ses bottes luit.
Une bande de chefs au cou grêle tourne autour de lui,
Et des services de ces ombres d’humains, il se réjouit.
L’un siffle, l’autre miaule, un autre gémit,
Il n’y a que lui qui désigne et punit.
Or, de décret en décret, comme des fers, il forge —
À qui au ventre, au front, à qui à l’œil, au sourcil.
Pour lui, ce qui n’est pas une exécution, est une fête.
Ainsi comme elle est large la poitrine de l’Ossète.

(Traduction : Élisabeth Mouradian et Serge Venturini)

Le poème dans sa langue originelle

Мы живем, под собою не чуя страны,
Наши речи за десять шагов не слышны,
А где хватит на полразговорца, —
Там припомнят кремлёвского горца.
Его толстые пальцы, как черви, жирны,
А слова, как пудовые гири, верны,
Тараканьи смеются усища,
И сияют его голенища.
А вокруг него сброд тонкошеих вождей,
Он играет услугами полулюдей.
Кто свистит, кто мяучит, кто хнычет,
Он один лишь бабачит и тычет.
Как подковы, кует за указом указ —
Кому в пах, кому в лоб, кому в бровь, кому в глаз.
Что ни казнь у него – то малина
И широкая грудь осетина.

La mendiante

Tu n’es pas mort encore, tu n’es pas seul encore,
Tant que pour toi, pour toi et ton amie, mendiante,
Tu vis la majesté des plaines, l’immensité,
Tu vis la faim, la brume et les tempêtes de neige.
Fastueuse la pauvreté, grandiose la misère,
Tu vis seul, paisiblement et sereinement,
Tous ces jours et ces nuits entre tous de sont bénis,
Et, le mélodieux labeur, si innocent.
Mais malheureux celui qu’un aboiement effraie
Comme son ombre , et que le vent de l’hiver fauche,
Et, misérable celui qui à peine vivant
Demande à son ombre, un peu de charité.

(traduction Serge Venturini)

"Donner sa voix", par Gilles-Claude Thériault

De Montréal (Canada), Gilles-Claude Thériault mène une activité de lecteur. Il enregistre des poèmes qu’il met en ligne, entre autres, sur le site soundcloud.com.

"Donner sa voix, au cœur du mystère, entre le rêve et la réalité, entre le charnel et le sacré, pour que la vie sorte du livre et se fasse humaine. Pour qu’elle parle, qu’elle crie, qu’elle aime, qu’elle pleure et désespère. Comme dans la vie", écrit Gilles-Claude Thériault dans sa notice de présentation. Je vous invite à l’écouter ici dire deux poèmes d’Ossip Mandelstam et un poème de Serge Venturini.

Ossip Mandelstam : L’épigramme contre Staline / La mendiante

Serge Venturini : Discours d’Erevan (A Ossip Mandelstam)

Eléments bibliographiques (et sur le web)

Pour clore ce cheminement dans les mots d’Ossip Mandelstam, quelques repères bibliographiques :

Ossip Mandelstam est aux éditions Le Bruit du Temps avec son livre le plus autobiographique - Le Bruit du Temps - dans une nouvelle traduction de Jean-Claude Schneider. Egalement au catalogue : Le Timbre Egyptien, dans une traduction de Georges Limbour et D. S. Mirsky. On trouvera, sur le site des éditions Le Bruit du Temps, un dossier complet consacré à Mandelstam.

La collection Poésie Gallimard propose une anthologie de ses poèmes sous le titre Tristia et autres poèmes.

Aux éditions La Dogana : Simple promesse (choix de poèmes 1908-1937).

De la poésie (texte théorique) est disponible dans la collection Arcades chez Gallimard.

Les Cahiers de Voronej sont disponsibles aux éditions Circé (site en cours de reconstruction).

Mandelstam est aussi aux catalogues des éditions Arléa, Actes Sud, Christian Bourgois etc...

Deux textes biographiques sont incontournables :

Contre tout espoir, de Nadejda Mandelstam (les souvenirs de la femme du poète).

Mandelstam, mon temps, mon fauve, la biographie par Ralph Duti (coédition Le Bruit du Temps, La Dogana).

Sur Poezibao, un article d’Alain Paire consacré à Philippe Jaccottet, l’un des traducteurs en français d’Ossip Mandelstam.

Serge Venturini a publié l’essentiel de son oeuvre chez L’Harmattan. On signale les six tomes rassemblant ses poèmes : "Éclats : d’une poétique du devenir humain, 1976-1999" / "Éclats d’une poétique du devenir posthumain, 2000-2007" / "Éclats d’une poétique du devenir transhumain, 2003-2008" / Éclats d’une poétique du devenir, Journal du transvisible, 2007-2009 / Éclats d’une poétique de l’inaccompli, 2009-2012 / Éclats d’une poétique de l’approche de l’inconnaissable 2010-2013.

Toujours chez L’Harmattan, Serge Venturini a dirigé l’ouvrage "Mosaïque de proses contemporaines d’Arménie", une anthologie traduite par Élisabeth Mouradian et Pierre Ter-Sarkissian. A lire également : "D’aurorales clartés : Choix de poèmes réunis par l’auteur - 1971-1995", chez Gutenberg.

Gil Pressnitzer est, entre autres, l’auteur de "Notes de passage, notes de partage" aux éditions Les 2 Encres.

Sur les camps en Russie, deux livres incontournables : L’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljenitsyne (Editions Fayard) et les Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov (Editions Verdier).

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