Les cahiers de Serge Bonnery

Accueil > Chantiers > Le cabinet de lecture > Walter Benjamin, images de la pensée

Walter Benjamin, images de la pensée

mardi 29 mars 2016, par Serge Bonnery

De la photographie à l’image sonore en passant par le texte et la musique, il n’est pas un langage qui n’ait attiré la curiosité d’un des penseurs les plus originaux de son temps : Walter Benjamin.

On connaît le destin tragique de cet écrivain et philosophe qui mit fin à ses jours à Portbou, dans la nuit du 25 au 26 septembre 1940, tandis qu’il fuyait la menace constante que représentait pour lui l’hydre nazi.

JPEG - 72.9 ko
Passages - Monument à la mémoire de Walter Benjamin conçu par Dani Karavan à Portbou

En octobre 2015, faisant suite à l’exposition consacrée à Dani Karavan, le créateur du monument « Passages » réalisé à Portbou entre 1990 et 1994, se déroulait au musée de Céret un colloque international intitulé : « Walter Benjamin, les ailes de la pensée ». Cette rencontre était organisée par l’association des amis du musée en étroite relation avec l’institut de psychanalyse et l’institut de recherche sociale, tous deux basés à Francfort en Allemagne. Les actes du colloque paraissent aujourd’hui en volume.

Remarquable par la diversité et la qualité des communications ici reproduites, le livre permet de mesurer l’étendue de la curiosité que suscite aujourd’hui la pensée de Walter Benjamin.

Sa recherche sur Kafka, par exemple, le pousse à s’interroger sur la pensée progressiste dans l’Histoire. Alexandra Richter, maître de conférences en études germaniques à l’université de Rouen, éditrice du Sur Kafka de Benjamin aux éditions Nous, note le rôle central que joue l’image chez le philosophe.

Arguant du fait que « l’histoire se décompose en images », Benjamin affirme qu’il faut lire Kafka « à partir de son monde d’images » sur quoi est construite son œuvre. Entrant dans le processus de création kafkaïen, Walter Benjamin est l’un des tout premiers à deviner une écriture filmique chez le romancier praguois qui procède par montages et coupures.

Le colloque de Céret a ainsi inauguré des approches inédites de la pensée de Benjamin qui se déploie comme un arbre aux ramifications infinies. Le philosophe était un lecteur boulimique. Il avait constitué une immense bibliothèque qui fut en partie brûlée et dispersée par les nazis, ainsi que le rappelle Joël Mettay, président des amis du musée de Céret, dans une communication qui révèle, sous le collectionneur, un Walter Benjamin hanté par la quête du sens.

Pour ce chercheur que rien ne laissait insensible, l’histoire était « un éternel procès sans issue et sans verdict », note Alexandra Richter. Il la pensait prise en étau entre, d’un côté, « la venue annoncée et promise du Messie - sur laquelle il n’y a pas de doute (...) - et, de l’autre, l’état réel du monde toujours en attente de la Rédemption qui tarde à venir ».

Ainsi referme-t-on les actes du colloque de Céret avec la certitude que la pensée de Walter Benjamin continue à nous éclairer, tant elle se déploie en un mouvement perpétuel.


Walter Benjamin, les ailes de la pensée. Actes du colloque de Céret. Publication de l’association des amis du musée de Céret. 172 pages, 15 euros.

Ressources Walter Benjamin sur L’Epervier Incassable : Portbou point final (sur l’exposition au musée d’art et d’histoire du judaïsme)

On pourra consulter utilement le site de l’association Walter Benjamin créée dans les Pyrénées-Orientales ainsi que celui de l’association Passages Cultura Contemporània basée à Portbou.

< >

Forum

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.