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Alexandre Blok : Chant de l’Enfer

dimanche 6 mars 2016, par Serge Bonnery

Le monde terrible est placé en tête du troisième (et dernier) livre de poèmes d’Alexandre Blok, couvrant les années 1907-1916. Les poèmes du recueil ont été eux-mêmes écrits entre 1909 et 1916, soit la quasi totalité de la période.

Le monde terrible s’ouvre par un poème à la muse noire qui n’est pas sans rappeler celle de Baudelaire. Nous sommes tout de suite mis en présence du « présage fatal de la mort », de « l’anathème des lois sacrées », de « l’outrage (…) au bonheur ».

La beauté, ici, sera maléfique (« Pris au piège de ta beauté »), mais plus encore, nous sommes projetés par-delà le bien et le mal. « Méchante ? Bonne ? Tu es - autre », pas « muse et miracle » mais pour le poète, « tourment et enfer ».

Enfer, le mot est prononcé et annonce le poème qui va suivre et qui constitue le pilier central du recueil. Il s’agit du texte Chant de l’enfer, daté d’octobre 1909.

1909 est l’année du voyage en Italie. Dans une lettre à sa mère datée du 13 mars, le poète se plaint de n’avoir encore rien écrit cette année. « Pas de nouveaux vers, pour l’instant ». Aussi, le voyage en Italie est-il attendu comme une renaissance à l’écriture. « Je pense qu’à Venise, Florence, Ravenne et Rome, il y en aura ».

Le départ a lieu le 14 avril et comme toujours quand Alexandre Blok voyage, il ressent très vite le mal du pays, seule la Russie (et l’Allemagne) trouvant grâce à ses yeux. Lettre à sa mère, de Milan, le 19 juin : « La vie des gens dans le monde entier est, à mon avis, une mare impure et monstrueuse ». Et, plus loin : « Aucune révolution ne pourra rien refaire. Tout le monde pourrira. Quelques-uns demeureront. « Je n’aime que l’art, les enfants et la mort. Quant à la Russie, elle est plus rêvée qu’aimée : « La Russie reste pour moi une dimension lyrique. En réalité elle n’existe pas, n’a pas existé ni n’existera ».

Blok est de retour en juin. Le 29, il part en villégiature dans la campagne familiale de Chakhmatovo. C’est probablement durant ce séjour, si l’on en croit ses propres dates, qu’il compose Chant de l’enfer dont les jalons ont été posés durant son voyage, ainsi que le révèle la correspondance avec sa mère.

L’année 1909 se termine mal pour Alexandre Blok. En novembre, il apprend que son père - qui vit à Varsovie - est au plus mal. Il arrive dans cette ville le 1er décembre. Trop tard. le professeur Innokenti Annenski est mort la veille.


Sources :
Alexandre Blok, par Sophie Laffitte, collection Poètes d’Aujourd’hui, Seghers.
Alexandre Blok, Le monde terrible (poèmes traduits et présentés par Pierre Léon), collection Poésie/Gallimard.
Le poème Chant de l’Enfer est lu, ici, dans la traduction de Pierre Léon.

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