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Horowitz encore et encore

vendredi 4 mars 2016, par Serge Bonnery

On croyait naïvement avoir tout vu, tout entendu de Vladimir Horowitz, le dernier pianiste d’une lignée qui détenait des compositeurs eux-mêmes les clés de la musique telle qu’elle s’est réinventée dans la première moitié du XXe siècle. Vladimir Horowitz a été l’ami de Scriabine et de Rachmaninov dont il popularisa les concertos à travers le monde, hissant ces œuvres au sommet de la littérature pianistique, là où elles culminent encore sous des doigts plus jeunes.

On croyait tout savoir. Manquait pourtant à notre connaissance une impressionnante série de concerts enregistrés entre 1966 et 1983 et qui ne furent jamais gravés. Sony Classical comble aujourd’hui ce manque avec un coffret de 50 cd tout simplement hallucinant.

A l’exception de celui donné le 22 mai 1982 au Royal Festival Hall de Londres, tous les récitals ici rassemblés ont eu lieu aux Etats-Unis. 1966 marque le retour d’Horowitz à la scène après une « retraite » de douze ans, entre 1953 et 1965, au sujet de laquelle les critiques et historiens se déchirent encore. Qui saura un jour vraiment ce qui poussa ce géant du piano à prendre ses distances avec le public ?

Une chose est sûre : ce retour fut révolutionnaire. Les enregistrements en témoignent : dans ce qui constitue « l’avant dernier chapitre » de sa carrière, avant les derniers grands concerts dont le célèbre récital de Moscou en 1986, Horowitz déploie un jeu qui marque en profondeur l’histoire de l’instrument.

Les sonates de Scarlatti, la Funèbre de Mozart, la « 28 » de Beethoven, la deuxième de Rachmaninov : le pianiste pose son empreinte sur ces « Himalaya » se sorte que plus rien, après lui, ne pourra être tout à fait comme avant.

La carrière de Vladimir Horowitz fut tempétueuse. Passionnée. La légende a retenu l’image du « dernier romantique » tel que le donne à voir et à entendre le précieux documentaire tourné chez lui, dans son appartement de l’Upper East Side à New York, sous l’œil inquisiteur de sa femme, Wanda Toscanini, fille du tellurique chef d’orchestre italien.

Mais Vladimir Horowitz est bien plus que sa légende. Il est celui qui a su tirer de ce mastodonte qu’est un piano un son dépouillé de tout artifice. Au clavier, Horowitz ne brille pas, il illumine. Les pièces qui, peut-être, rendent le mieux compte de cette perfection ne sont pas les plus difficiles techniquement. Ecoutez les Scènes d’enfants de Schumann : toute la musique est dans ces pages épurées où rien en manque et dans lesquelles Vladimir Horowitz touche au sublime.


Vladimir Horowitz, the unreleased live recordings, 1956-1983. Un coffret de 50 CD. Sony Music.

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