Les cahiers de Serge Bonnery

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A l’état sauvage

lundi 22 février 2016, par Serge Bonnery

Parade Sauvage, de Jean-Jacques Salgon, qui vient de paraître aux éditions Verdier, est un livre sur l’aube. Notre aube. Celle où l’homme de la grotte Chauvet, en Ardèche, a donné forme (art) au langage.

En audio, pour commencer, l’incipit du livre :

Une sorte de nouvelle naissance pour l’homme que nous étions déjà, mais demeuré jusque là dans l’état sauvage, bestial, condamné à composer avec une nature hostile pour assurer, à travers l’accomplissement quotidien de quelques fonctions vitales, la survie de l’espèce.

De tout ce temps où nous fûmes occupés exclusivement à chasser, cueillir, dépecer, ronger, nous chevaucher dans le seul but de nous reproduire, Jean-Jacques Salgon pense qu’il demeure en nous quelque chose encore. Ce n’est pas une question de distance dans le temps. C’est inscrit là, quelque part, dans ce que les scientifiques nomment nos gènes, ce qui, de surcroît, lui confère encore plus de poids.

Et si la véritable noblesse était moins d’avoir su comment se saisir de la petite cuillère à l’heure du thé chez la princesse de Lamballe que d’avoir appris à tuer un fauve, lui avoir vidé les entrailles, l’avoir découpé vaille que vaille à l’aide de pierres mal aiguisées, puis d’avoir bu son sang et « machouillé » sa chair dure, rance, en quelque sorte immangeable, s’être repu de lambeaux innervés déjà attaqués par les vers ? Qui dira ce que l’homme est, en profondeur ?

Et si le meilleur - ou le moins mauvais - en nous, au contraire des apparences, était la part animale de laquelle nous fûmes nourris, plutôt que cette illusion faite homme qui nous tient lieu de cadastre en ce monde ?

Jean-Jacques Salgon s’interroge (dans un moment où il parle de la corrida) : « Ne vaut-il pas mieux pouvoir encore nous confronter rituellement à une certaine sauvagerie animale plutôt qu’à celle, humaine et beaucoup plus barbare, que nous ne cessons d’inventer ? »

Jean-Jacques Salgon parle d’où nous venons, de ces racines profondes qui dépassent nos généalogies familiales et dont nous commençons à avoir une idée assez nette. Où allons-nous ? C’est une autre histoire...

Ceci encore : le titre Parade sauvage choisi par l’auteur renvoie au poème en prose de Rimbaud publié dans Illuminations. Le texte, intitulé Parade, se termine par cette phrase qui dit la position de l’homme-poète face au spectacle que lui offre le monde - « comédie magnétique » - en un instantané hallucinatoire nous renvoyant à nos « tendresses bestiales » : « J’ai seul la clef de cette parade sauvage » (Arthur Rimbaud).

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