Les cahiers de Serge Bonnery

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Louise

mercredi 17 février 2016, par Serge Bonnery

La nuit tombe sur le campo où se sont rassemblés filles et garçons. Ils sont enjoués. Parlent fort. Gesticulent. Ils se racontent leur journée de labeur ou le dernier film qu’ils ont vu ou le dernier roman qu’ils ont lu ou encore - que sais-je, au fond ? - le dernier concert auquel ils ont assisté dans quelque lieu épars.

Louise tient son chien en laisse de la main gauche, un verre de Prosecco et une cigarette américaine dans la main droite. Elle prend part à la conversation en cherchant son équilibre. Tantôt à gauche, tantôt à droite, elle tangue. Parvient difficilement à maîtriser son chien lorsqu’un autre (chien) passe à sa portée. Pour éviter que la rencontre ne tourne à la confrontation sanglante que les spectateurs alentour redoutent, elle doit tirer sur la laisse, de toutes ses forces, tandis que son animal résiste et bande tous ses muscles dans le but assumé de happer sa proie.

Dans le même temps - ce qui peut, j’en conviens, paraître incroyable au commun des mortels - Louise rêve d’heures lointaines. Elle s’est écartée du groupe et contemple maintenant le va-et-vient des embarcations sur le Grand Canal. La circulation est dense à cette heure où se heurte aux façades décrépites l’impatience stridente des klaxons.

Le chien de Louise veille tandis que la ville s’éloigne, dissimulant les traits de son visage dans un manteau de brouillard.

La nuit tombe.

On devine les contours d’un puits au centre de l’image. A l’arrière-plan, sur la droite, deux silhouettes dont on ignore si elles se rapprochent ou s’éloignent, esquissent un mouvement. Rien de plus.

A Venise, un lambeau parfois suffit à décrire le monde.

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