Les cahiers de Serge Bonnery

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Présence de Bergounioux

jeudi 11 février 2016, par Serge Bonnery

Grande joie, cette semaine, en recevant des éditions Verdier le quatrième tome des Carnets de Notes de Pierre Bergounioux. Ils sont là, les quatre réunis, soit près de 4000 pages d’une vie quotidienne dans toutes ses ramures.

Le premier tome parut en 2006. Il couvrait la décennie 1980-1990 en 951 pages exactement. Imprimé sur papier bible. Les suivants, toujours sur papier bible, dépasseront tous le millier de pages.

Je me souviens de la déflagration que produisit en moi la lecture des premiers volumes du journal de Bergounioux. Lui, l’écrivain méticuleux, l’entomologiste de la langue dont les livres ne dépassent que rarement la centaine de pages, dévoilant soudain l’activité dévorante que représente un journal quand il s’agit de ne rien négliger, d’aller jusque dans l’infiniment petit de nos vies, les lessives, les repas préparés à la hâte, les enfants que l’on accompagne à l’école, les emplettes en courant au supermarché, la vie à Gif, les vacances à Bordes sur le plateau de Millevaches, à l’abri des regards, la ferronnerie, les soudures, la pêche à la truite...

A l’écriture, dans ces pages, rien n’est étranger. Cette ambition de totalité fascine. Les premières pages du quatrième volume - il ne couvre que cinq années tandis que les trois autres couvraient chacun une décennie, ce qui signifie que l’entreprise, avec le temps, se déploie dans l’espace en prenant de l’épaisseur - les premières pages, donc, oscillent entre la lecture des Leçons sur la philosophie de l’histoire de Hegel et la panne récurrente d’une machine à laver qui provoque des coupures d’électricité nécessitant de relancer à tout moment le disjoncteur en attendant la livraison d’une machine neuve et d’un sèche linge commandés au magasin d’électroménager des Ulis.

L’année 2011, prévient-il, s’annonce mal.

Hâte, donc, de retrouver l’univers intime de l’écrivain. Car ouvrir le livre, c’est un peu comme pousser la porte de la maison de Gif, entrer sur la pointe des pieds, surtout ne pas déranger, se glisser dans un coin, se taire et regarder...

Et ce faisant, mesurer, à chaque page des Carnets de Notes, la chance immense qui nous est donnée de vivre dans la présence amicale de Pierre Bergounioux. A travers ses livres et son journal, il est devenu, pour nombre d’entre nous, un contemporain capital.

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