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Notre besoin de Ravel

dimanche 7 février 2016, par Serge Bonnery

Rien, chez Ravel, n’est laissé au hasard. Rien, dans sa musique, qui n’ait été calculé, mesuré, effacé, réécrit. Face à tant de minutie et de précision, l’interprète peut vite se sentir écrasé, d’autant plus que le maître, si l’on en croit le témoignage de ceux - et celles, comme Marguerite Long - qui l’ont servi, ne supportait pas le moindre écart.

Averti, Bertrand Chamayou l’était avant de se lancer dans l’intégrale des œuvres pour piano seul. Le pianiste toulousain ne découvre pas Ravel. Il l’a croisé durant ses années d’apprentissage au conservatoire de Toulouse. Il l’a approché de plus près encore à Paris sous la direction de Jean-François Heisser qui avait hérité des connaissances ravéliennes de son professeur Vlado Perlemuter, lequel avait reçu quelques précieuses indications du compositeur en personne.

Il y a, chez les musiciens, d’heureuses filiations. Cela montre que Maurice Ravel est encore proche de nous (mort en 1937) contrairement à Debussy (mort en 1917) qui tend à s’installer dans les limbes. C’est rassurant sur la marche du temps. Mais cette proximité est tout aussi contraignante pour l’interprète qui attaque la montagne lesté d’un lourd passé risquant à tout moment de se transformer en... passif.

Pas de danger avec Bertrand Chamayou qui sait jouer avec toute cette mémoire. Le jeune pianiste (bientôt 35 ans) a acquis une autorité à l’instrument. Il sait ce qu’il veut. Il a parfaitement identifié la limite à ne pas franchir sous peine de flancher.

Son intégrale est baignée d’embruns ravéliens. Enfant, le pianiste passait ses vacances sur la côte basque, non loin de Ciboure, le lieu de naissance de Ravel lui-même. Ce voisinage, cependant, ne fait pas tout. Chez Bertrand Chamayou, c’est la maturité musicale qui impose sa différence dans la lecture des œuvres.

Son Ravel profite des leçons tirées de la précédente - et magistrale - intégrale des Années de pèlerinage de Liszt (Naïve, 2011), enregistrement qui avait propulsé Bertrand Chamayou parmi les grands, très grands pianistes de sa génération.

L’intégrale Ravel confirme cette position sommitale en rendant au compositeur sa modernité, là où d’autres, par peur de mal faire, le confinent dans le formol. En écoutant Chamayou, on comprend soudain beaucoup mieux l’impérieux besoin de Ravel qui nous habite.


Complete works for piano solo de Maurice Ravel par Bertrand Chamayou, 2 CD Erato.

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