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Beethoven, le premier romantique

lundi 9 novembre 2015, par Serge Bonnery

Lorsqu’au mois de septembre 1805, Beethoven publie chez son éditeur viennois le lied An die Hoffnung (A l’espérance), il sort d’une de ces crises qui jalonneront toute sa vie sentimentale. Il a composé la pièce pour Joséphine Deym-Brunsvik, veuve du comte Deym emporté par une pneumonie en janvier 1804.

Beethoven avait cru en un projet de mariage avec Pépi - ainsi la nomme affectueusement sa sœur Thérèse qui fut aussi un grand amour du compositeur - mais l’affaire capote. Alors, d’un trait rageur et sanguin, Beethoven n’ayant plus rien à espérer décide de supprimer la dédicace à Joséphine en tête de l’édition. Ce lied composé sur des strophes de l’Urania de Tiedge, ouvre le programme du CD Lieder et Bagatellen enregistré par Werner Güra (ténor) et Christoph Berner qui joue sur un pianoforte Streicher de 1847.

Beethoven a composé en tout 80 lieder dont certains ont reçu un numéro d’opus et d’autres sont demeurés en leur temps à l’état de manuscrits. La voix n’était pas l’exercice favori du maître, même si l’Ode à la Joie, quelques airs de Fidelio et la Missa Solemnis attestent de sa sensibilité au plus naturel des instruments humains.

L’intérêt des lieder, dont est ici donnée une harmonieuse sélection, est d’entendre un Beethoven comme toujours en avance sur son temps et annonçant dans ces pièces les audaces romantiques que Schubert et Schumman porteront à leur plus haut degré de perfection. On y redécouvre le célèbre Adélaïde sur un poème de Friedrich Matthisson : où la musique épouse à chaque pulsation les battements du cœur meurtri par les amours déçues.

Le disque propose aussi les six bagatelles de l’opus 126. Il s’agit de la dernière œuvre composée par Beethoven pour le piano, trois ans avant sa mort, au moment où il est absorbé par l’achèvement de sa neuvième symphonie. Ces bagatelles sont tout sauf des pièces anecdotiques. Elles rassemblent les ultimes pensées pianistiques du compositeur, celles qui avaient percé sous les vagues novatrices de l’opus 106 - la célèbre sonate Hammerklavier - ou encore le monumental opus 111.

Conçues comme un cycle, les bagatelles revêtent sous les doigts de Christoph Berner la forme épurée d’un testament musical. Elles retrouvent ici - et c’est heureux - une juste place dans la discographie beethovenienne.


Beethoven, Lieder et Bagatellen. Werner Güra (ténor) et Christoph Berner (pianoforte). Harmonia Mundi.

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