Les cahiers de Serge Bonnery

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Au milieu des lucioles

lundi 2 novembre 2015, par Serge Bonnery

S’il est un événement que le romancier Jean-Philippe Toussaint ne raterait pour rien au monde, ce n’est pas l’annonce du prix Goncourt que l’académie n’a jamais eu jusqu’ici le bon goût de lui attribuer. Non, l’événement qui l’accapare, toutes affaires saissantes, n’a lieu que tous les quatre ans. Il s’agit de la Coupe du monde de football.

Il faut chercher les raisons d’une telle passion dans les creux de l’enfance, le temps où son père emmenait Jean-Philippe au stade, écharpe diablement rouge de l’équipe nationale belge nouée autour du cou. Car Jean-Philippe Toussaint est belge. Et même s’il vit désormais de par le monde, question football, sa nationalité l’oblige : Jean-Philippe Toussaint supporte - avec plus ou moins de ferveur mais quand même - la Belgique.

Son dernier livre, simplement intitulé Football, commence en 1998 quand, pour la première fois, l’écrivain a assisté dans un stade à un match de Coupe du monde. Ce fut une révélation telle que depuis, il s’efforce de ne plus manquer un seul Mondial, allant jusqu’à programmer une tournée de conférences au Japon aux dates qui lui permirent d’assister, en 2002, à quelques confrontations exotiques.

Football n’est pas à un roman dans le sens classique du terme. Venant de Jean-Philippe Toussaint, on s’en doutait un peu. Le livre se lit plutôt comme une déambulation où les enjeux purement sportifs cèdent vite la place aux couleurs de l’intime. Ainsi, sous la plume de l’écrivain, se transforme la matière football en un magma de temps composé de souvenirs, de scores incertains, de regrets et de grands frissons...

S’il n’a rien manqué ou presque des Mondiaux de football depuis 1998, Jean-Philippe Toussaint ne s’est toutefois pas rendu au Brésil en 2014. C’était, s’excuse-t-il, une période difficile de sa vie. Il venait de terminer avec Nue une fresque romanesque qui l’avait occupé pendant dix ans (et nous avec). Il avait perdu son père quelques mois plus tôt. C’est donc depuis sa résidence corse que le romancier qui s’était juré de se consacrer exclusivement, cet été-là, à l’écriture, a joué de toutes les astuces pour suivre la compétition. Sur son ordinateur. A la radio.

On comprend alors que rien n’aurait pû rompre le fil qui relie Jean-Philippe Toussaint au monde, lequel revêt la forme d’un ballon de football lancé quelque part, dans le ciel, au milieu des lucioles.


Football, par Jean-Philippe Toussaint. Editions de Minuit. 123 pages. 12,50 euros.

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