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Ce Juif de Mendelssohn...

mercredi 21 octobre 2015, par Serge Bonnery

Lu dans La Carte des Mendelssohn de Diane Meur (éditions Sabine Wespieser), cet extrait édifiant d’une lettre du maire de Leipzig adressée à un petit-fils du compositeur Felix Mendelssohn dont la statue érigée devant le Gewandhaus de cette ville allemande a été déboulonnée par les nazis :

« En 1936 à Hambourg, on retire la plaque posée par Jenny Lind sur la maison natale du compositeur pour le soixantième anniversaire de sa naissance. La même année, dans la nuit du 9 au 10 novembre, sa statue en pied qui trônait depuis quarante quatre ans devant le Gewndhaus de Leipzig est démontée, remplacée par des plate-bandes, et entreposée dans un lieu secret. (...) Il semblerait que Felix Wach (un petit-fils de Felix Mendelssohn) ait écrit au maire de Leipzig pour s’en émouvoir, car ce dernier lui répond en février 1937 :

Je suis surpris (...) qu’aujourd’hui encore, il y ait en Allemagne des gens qui demandent pourquoi le monument à Felix Mendelssohn-Bartholdy a été supprimé alors que vous savez très bien que Felix Mendelssohn Bartholdi était juif. En tant que descendant d’un juif, vous êtes bien placé pour savoir que depuis 1933 nous avons en Allemagne un Etat national-socialiste dont la base essentielle est la question raciale et donc l’antisémitisme.
Leipzig est une ville de la musique. Les générations passées n’ont pas été capables d’élever un monument au plus grand musicien et poète de cette ville, Richard Wagner, qui par bonheur était lui aussi un antisémite ardent. A cette place d’honneur devant le célèbre Gewandhaus, on a en revanche élevé un monument à un Juif. Pour tout national-socialiste, c’est intolérable. (...) La question de savoir si Mendelssohn Bartholdy avait ou non du talent n’entre pas en ligne de compte".
 »

Et Diane Meur poursuit, quelques lignes plus loin :

« Fin 1937, la Chambre de musique du Reich édicte à son tour un arrêté sur la musique "nocive et indésirable" où sont rappelées à l’ordre les maisons de disque diffusant encore des œuvres d’Offenbach, de Meyerbeer et de Mendelssohn. Pour enfoncer le clou, on réédite l’année suivante le venimeux essai de Wagner sur Le judaïsme dans la musique. »

Depuis 1933, la grande lessive est en marche pour effacer toute trace du génie juif dans les lettres et les arts. Ce n’était que le sinistre début de l’entreprise de mort qui allait déferler ensuite sur l’Europe.


A lire aussi sur L’Epervier incassable : Un livre monde (sur La Carte des Mendelssohn).

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