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François de Fossa, un exilé virtuose

mercredi 21 octobre 2015, par Serge Bonnery

[Né à Perpignan en 1775, François de Fossa est un guitariste de génie tombé dans l’oubli. Des passionnés ont retrouvé sa trace et lui offrent maintenant une belle postérité.]

« Le Haydn de la guitare » : c’est ainsi qu’en Espagne, ses pairs surnommaient François de Fossa. C’est dire le talent de ce jeune perpignanais parti de France avec les troupes royalistes d’émigrés fuyant les guillotines de la Terreur.

Pour la romancière Nicole Yrle qui lui consacre une vaste fresque, François de Fossa est « un exilé virtuose ». Militaire « par hasard, pour gagner sa vie ». « Le sabre au clair n’était pas sa vocation », confirme Pierre Coureux, fondateur des Amitiés internationales André Malraux qui ont coordonné toutes les manifestations organisées en cette année 2015 dans les Pyrénées-Orientales pour la célébration du 240e anniversaire de la naissance du musicien.

François de Fossa commence tôt l’apprentissage de la guitare, « un instrument très prisé dans sa ville natale où l’on dénombre à l’époque sept professeurs », note Pierre Coureux. Le prodige connaît ses premiers succès dans les salons aristocratiques perpignanais. « Il sera aussi un autodidacte appliqué », poursuit Nicole Yrle.

Parti de chez lui à 17 ans, François de Fossa, qui a arrêté trop tôt ses études, cherchera toute sa vie à se perfectionner dans son art. « Il apprend beaucoup, à Cadix, en recopiant les partitions d’illustres compositeurs de son temps ». Et c’est probablement dans cette ville espagnole, pense Nicole Yrle, que François de Fossa crée ses premières œuvres.

Une chose est sûre : notre aventurier est considéré comme l’égal des grands musiciens de son temps. Il est la coqueluche des salons madrilènes. Mais il ne deviendra jamais un professionnel de la musique. Militaire de carrière « pour garder les pieds sur terre », selon Pierre Coureux, chez François de Fossa, le musicien reste dans l’ombre. Pas l’homme qui met son talent au service d’un autre art : celui de la séduction.

« François de Fossa est un grand séducteur », raconte Nicole Yrle. Il court de femme en femme. Au Mexique, il séduit Josefa qui deviendra quelques années plus tard l’égérie de la révolution mexicaine. Mais François de Fossa commet une imprudence : il courtise en même temps la fille du Corregidor, éminente personnalité politique dont Josefa est la deuxième épouse. Le mariage qu’il projetait tombe à l’eau... comme tant d’autres.

« Il était amoureux de sa sœur Thérèse », est convaincue la romancière qui a lu toute la correspondance - plus de 400 lettres - écrite par de Fossa à Thérèse, demeurée à Perpignan. « Ce n’est qu’après sa mort qu’il se mariera, en 1825 ».

Cet exalté romantique a traversé l’Histoire comme une comète. « En 1807 à Cadix, il a fréquenté le même salon que Chateaubriand, celui de la famille de Canclau » qui possédait le château de Jau en Roussillon. Il est à Cadix au moment de la bataille de Trafalgar, à Madrid les « 2 e 3 de Mayo », il assiste à un tremblement de terre au Mexique... Mais c’est par l’art de la guitare que François de Fossa passe à la postérité. Aujourd’hui, enfin, le musicien brille en pleine lumière.

Dates clés

31 août 1775 : naissance à Perpignan de François de Fossa. La maison natale, rue Fontaine Na Pincarda, existe toujours.

Avril 1793 : il fuit la Révolution française et s’enrôle dans la Légion des Pyrénées.

1795 : lors du siège de Collioure, il est évacué par bateau en direction de Rosas.

1797 : à Cadix, au service d’Azanza, ministre de la guerre du roi Carlos IV.

1798 : il débarque en fin d’année au Mexique où il a suivi d’Azanza devenu vice-roi. De Fossa devient son page et son secrétaire particulier.

1803 : François de Fossa est de retour à Cadix.

1810 : fait prisonnier par les Français à Madrid, il est libéré grâce à d’Azanza devenu entre-temps ministre de Joseph Bonaparte.

1813 : profitant de la retraite des Français vaincus en Espagne, de Fossa est de retour en France. Il s’installe d’abord à Paris puis vivra dans plusieurs villes de garnison, ne revenant que très épisodiquement à Perpignan.

1825 : après la mort de sa sœur, il se marie à Strasbourg et aura trois enfants.

1849 : il meurt à Paris, probablement victime d’une épidémie de choléra qui s’est déclarée cette année-là dans la capitale. Il laisse une œuvre musicale abondante, longtemps ignorée, jusqu’à sa redécouverte dans les années 1980.


François de Fossa, l’exil d’un virtuose, de Nicole Yrle. Editions Cap Béar. 304 pages. 16 euros. Ressource internet : http://commemorationdefossa.over-blog.com.

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