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Sur la franc-maçonnerie et l’idée de progrès

dimanche 29 décembre 2013, par Serge Bonnery

Une idée de progrès

Il est encore des hommes et des femmes pour qui l’idée de progrès n’est pas morte. Qui pensent que l’amélioration de chaque individu peut produire un jour une société meilleure, basée sur des valeurs de dignité, d’honnêteté et de partage. Beaucoup de francs-maçons travaillent à cette fin dans leurs loges, le plus souvent avec discrétion et modestie. « La franc-maçonnerie », plaide Jean-Yves Tournié dans son livre Les origines de la franc-maçonnerie, « n’est pas une révélation dogmatique. C’est une connaissance. Et pour connaître, il faut commencer par chercher ». Le problème est que ce vaste dessein demande de la patience dans un monde où même le temps est marchandisé. « Aujourd’hui », constate Jean-Yves Tournié, « on ne dit plus aux hommes d’être les meilleurs mais d’être les premiers ». Or ce monde où la compétition est poussée jusqu’à l’outrance paraît incompatible avec l’épanouissement de l’individu. « Croire en l’avenir de l’homme comme de l’humanité en leur donnant d’abord du sens » : telle est la tâche que se donne la franc-maçonnerie afin de sortir l’homme déboussolé de l’impasse dans laquelle il se fourvoie. Elle n’a évidemment ni l’apanage ni l’exclusivité de cette ambition. L’Histoire montre toutefois que depuis le Moyen-Age, les loges issues des corporations de métiers essaient de préserver l’individu en lui offrant de se découvrir dans toutes ses dimensions, temporelle et spirituelle. Mais l’affairisme, les procès en justice, les magouilles frauduleuses ternissent l’image de la franc-maçonnerie au point qu’il est permis de douter de la pureté des intentions de ses membres. Ce n’est pas nouveau. L’histoire de la franc-maçonnerie est aussi celle de ses scandales. Elle a toujours dû faire face à des détracteurs virulents. Nombre de ses adeptes ont péri dans les camps de la mort. Elle n’a pas moins traversé les siècles en continuant de proposer une voie de progrès. A croire que son vieux rêve d’être « le centre de l’union » n’a pas encore été complètement tué.

« La franc-maçonnerie peut encore être une voie pour l’homme »

Dans votre livre, vous dressez un état des lieux sans concession de la franc-maçonnerie. Qu’est-ce qui vous amène à ce constat ?
Pour ne pas tout mélanger, il est plus juste de parler de maçonneries au pluriel. Car contrairement à ce que croit savoir le grand public, il existe plusieurs maçonneries : celle qui a pour dévise Liberté, Egalité, Fraternité et celle qui en a une autre, Force, Sagesse et Beauté, plus proche de la Tradition. La première s’est « profanisée ». Elle veut toujours avoir réponse à tout et à force de banaliser sa parole, elle finit par ne plus ressembler qu’à un syndicat ou un parti politique. Il est une autre maçonnerie qui cherche à appréhender l’homme comme un tout dans le Tout, qui le voit autrement que comme un simple consommateur. Cette maçonnerie est malheureusement fragilisée dans l’opinion par des pratiques qui n’ont rien à voir avec les fondements et les valeurs de l’Ordre universel.

Vous rendez les « grandes » obédiences responsables de cette crise. Pourquoi ?
Là encore il faut distinguer. Certaines obédiences, petites par le nombre de leurs adhérents, plus discrètes aussi, essayent de retrouver les valeurs historiques de la franc-maçonnerie. Les grandes obédiences se livrent par contre à une concurrence effrénée. Elles raisonnent en termes de parts de marché, recrutent à tout va pour occuper toujours plus d’espace. Elles oublient qu’elles ne sont que des structures. Mais les obédiences ne font pas les maçons, ce ne sont pas elles qui initient. C’est la loge seule qui initie, c’est elle qui fait le maçon. Partant de ce principe, les obédiences ne devraient pas s’arroger tous les pouvoirs et respecter le principe du maçon libre dans la loge libre.

Le secret n’est-il pas à la sources des soupçons qui pèsent sur une franc-maçonnerie affairiste ?
En maçonnerie, il n’y a pas de secret, pas de révélation qui permette à l’homme de devenir un surhomme. Ceux qui promettent cela sont dans la dérive sectaire et le marketing. Le seul véritable secret appartient au maçon, il le porte en lui : c’est sa foi maçonnique. Mais il est vrai que l’entrée massive des hommes politiques et des capitaines d’industrie dans les loges peut donner l’impression que la franc-maçonnerie n’est qu’un réseau d’affaires plutôt qu’un lieu de recherche et de développement personnel.

Votre livre fait l’histoire du Rite Français, le plus ancien des rites organisés connus. Quelle est sa spécificité ?
Le Rite Français dont je parle est celui de 1783-1801 et pas le rite dit Groussier, vidé de sa substance et décharné, tel qu’il est en usage au Grand Orient de France. Le Rite Français de 1783 s’est détaché du dogme religieux. C’est un rite déiste et non théiste qui tente une forme de rationnalisation intelligente des choses.

La franc-maçonnerie peut-elle proposer une réponse à l’homme dans nos sociétés en crise ?
Je le crois parce qu’elle permet à l’homme de se détacher du monde profane et marchand pour retrouver sa plénitude en toute liberté de conscience. La franc-maçonnerie nous apprend à corriger nos erreurs. Si, malgré les dérives des hommes qui l’incarnent, elle arrive à se ressaisir, elle peut encore être une voie pour l’homme en quête de perfectionnement.

Une vie de maçon

Jean-Yves Tournié a été initié au début des années 70 à Paris, dans une loge du Grand Orient de France. Il occupera par la suite des responsabilités de plus en plus importantes dans cette grande obédience, la première en France. Il a été tour à tour Vénérable de plusieurs loges, conseiller de l’Ordre puis Premier Grand-Maître adjoint, à deux reprises. En tant que Grand Chancelier du Grand Collège des Rites pour le Rite Français, il s’est attaché à la refondation du rite des Modernes de 1783 dont il propose, dans son livre, une étude historique approfondie. Jean-Yves Tournié a également été président de la Chambre des grades au sein du Grand chapitre général de France et Grand garde des sceaux de la Chambre d’administration du rite français. En 2002, rompant avec le système des obédiences, il a démissionné du Grand Orient de France pour fonder, avec d’autres frères, le Grand chapitre général d’Occitanie, Catalogne et Méditerranée.

Les origines de la Franc-maçonnerie (sources et histoire du Rite Français des « Modernes » du XVIIIe siècle à nos jours), par Jean-Yves Tournié. Editions Dangles. 295 pages. 23 euros.


serge bonnery - 29 décembre 2013

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Messages

  • bonsoir mon père était franc-maçon j’ai abordé une vie avc jésus mais avec un concept toujours maçonnique… aimer le prochain avant le salut...grandes peines et pleurs dans la frivolité des sentiments chrétiens avec une peine immense en me disant où était donc le visage de jésus...j’encourage les francs-maçons à rester humains et n’avoir plus peur d’annoncerce qu’ils sont mçons

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